François Jullien « Nourrir sa vie »

Picasso me paraît même fournir le meilleur commentaire […] : « Chaque être possède la même somme d’énergie. La personne moyenne gaspille la sienne de mille manières. Moi, je canalise mes forces dans une seule direction : la peinture, et lui sacrifie le reste – vous et tout le monde, moi inclus. » Quiconque a dessein de faire œuvre devrait, je crois, l’inscrire en exergue à sa vie pour résumer son exigence : la condition de cette œuvre est de ne pas « gaspiller » mon souffle-énergie et, pour cela, de me retirer volontairement (ascétiquement) de tous les investissements ordinaires entre lesquels va se dispersant ma vitalité et de les sacrifier – immoralement (« égoïstement »), jugera-t-on du dehors – pour me concentrer sur ce seul objet. Car c’est bien à ce niveau foncier du vital et de son économie, et non, comme on croit, à celui du talent, du génie, de l’inspiration ou, selon l’autre versant, de la patience et du travail (tout cela n’est que conséquence), que l’œuvre trouve sa possibilité effective et commence à se développer sans forçage artificiel, parce que ayant enfin trouvé son fonds propre alimentant généreusement la création.

François Jullien, Nourrir sa vie à l’écart du bonheur, page 80, éditions du Seuil, 2005.

extrait d’un travail en cours

Un projet commun. Mais lequel ?
Être accoudé le matin au bureau est à elle-seule une action d’avenir.
Seul dans la chambre tu manifestes.
Le trafic au-dehors te repeint la fenêtre.
Les trams et les corbeaux volent sur le même plan.
Tu es de celles et de ceux qui se foutent
de la France qui va mal.

Tu te résignes
à ne pas péter plus haut que ton cul.
Tu te trouves d’une taille suffisante.
Tes manches accomplissent chaque matin
le geste qui te couvre les bras.

_ _

E.C., extrait d’un travail en cours, avril 2016.

« Maison » dans Bing Bang Magazine

En page 84 du n°66 de Bing Bang, magazine gratuit diffusé à Dijon, Beaune et Besançon, la vraie et l’unique Carla Garfield consacre un article sur mon parcours bourguignon et sur mon recueil Maison. Poésies Domestiques. Un grand merci à l’auteure qui suit de près et soutient mon travail depuis plusieurs années déjà. Je pardonne donc au correcteur de ce numéro d’avoir rajouté un « m » à mon prénom. Feuilletez ici en ligne le numéro entier.

Bing Bang Magazine n°66, page 84, printemps 2016.
Bing Bang Magazine n°66, page 84, printemps 2016.

No Battery

Le jour où j’ai voulu rencontrer Lily Allen
elle n’est pas venue.

Sur ce banc public en warning
le temps stressé par le cœur et le trafic.

J’ai attendu longtemps envoyé
de nombreux messages par pigeon.

J’ai envoyé longtemps attendu
ses messages ses pigeons.

Mais aucune réponse mis à part
des bruits de travaux
dans ma tête et dans le bâtiment d’en face
et le signal sonore de mon baladeur.

Pendant ce temps sur la Cause littéraire

Le magazine en ligne La Cause littéraire consacre deux articles aux éditions la Boucherie littéraire.

Le premier est un entretien avec mon éditeur Antoine Gallardo, à lire ici. Le second chronique les quatre recueils publiés jusqu’à aujourd’hui dans la collection Sur le billot de la Boucherie littéraire. Voici ce que l’auteur de l’article Philippe Chauché (journaliste à Radio France et chroniqueur à la Cause littéraire) écrit sur mon recueil Maison :

Emanuel Campo ne manque ni d’audace, ni de culot, il écrit comme s’il chantait, et d’ailleurs, il chante. Ses petites poésies résonnent comme des chansonnettes, d’enfance et de son âge, l’une donnant naissance à l’autre, des ritournelles. Ces Poésies domestiques misent sur la collection, la multiplication, la rencontre, la surprise, les mots qui se rencontrent pour la première fois ont souvent l’air surpris. L’auteur, joueur, en joue, s’amuse des phrases reçues et des situations inventées ou supportées, et tout cela fort heureusement n’a aucune incidence sur la rotation de la planète.

Je vous invite à lire ici le reste de l’article consacré aux recueils de mes colocataires d’édition, voire grandes sœurs, Marlène Tissot, Hélène Dassavray et Mireille Disdero.

Mon pote me dit

Mon pote me dit
« C’est trop court. T’as pourtant une vue sur le Rhône. »

C’est que les fleuves ne m’inspirent pas.
Peut-être une fois l’A7 qui passe tout près.
Si l’on considère que c’est sale pareil et qu’ça remue.
J’habite à hauteur des cimes
des arbres bordant les quais.
Pas même leurs feuilles mortes ou leurs bourgeons me font de l’effet.
Ya même des oiseaux.
Ils passent en l’air en battant des ailes
comme s’ils volaient.
Et des nuages.
Ya plein de nuages.
Et de la brume certains matins.
Et c’est joli tout plein mais
j’ai pas la libido paysagiste.
Internet m’avertit constamment que je participe à des choses.
Et la petite métropole que j’habite
se rêvant carte postale
réhabilite le quartier d’en face
à grands coups de nuits sonores et de marteau-piqueur.
Le sol se lève et le ciment pousse
comme dans une contrepèterie.
Tout gronde.
Tout est en travaux.
Tout
coule et s’entrechoque au réveil et dans le jour.
Le Grand Rhône n’est qu’une flaque.
Alors je passe la main sur mes yeux
retrouve mon visage
retourne à mon travail
qui sans effort
s’abat sur moi.

Place Mazagran

Chaque matin tu quittais
l’appart’ avec une boîte de pâté
que tu vidais au pied de la grille du jardin Mazagran
en provoquant une ellipse.

Soudainement autour
de toi une dizaine de matous.
Je n’ai jamais vu autant de gouttières jouer du sax’.

C’était ta manière d’habiter le quartier
avant et après tes heures de stage.

La place a depuis été refaite.
Les gouttières sont redevenues des gouttières
Et chaque chat que je croise aujourd’hui paie gentiment ses impôts.

Coup de projo sur « Maison » par Eric Dejaeger

Le poète Eric Dejaeger publie une note de lecture consacrée à mon recueil Maison – Poésies domestiques (éd. la Boucherie littéraire) sur son excellent blog Court, toujours ! Eric et son compère Paul Guiot sont les tenanciers de la revue Microbe (Belgique), revue dans laquelle j’ai pu aiguiser mes premières lames dans les numéros 80 et 82 entre deux gorgées de Chimay bleue.

« Très intéressante découverte que ce recueil de poèmes qui vont du quasi-aphorisme à deux ou trois pages. Avec quelques excellentes trouvailles. Un régal. » Eric Dejaeger.

L’occasion de rappeler que Maison – Poésies domestiques est commandable dans toute librairie belge et suisse.
Lire la note entière sur son blog avec deux extraits du recueil.

En janvier 2012, dans Rue89Lyon

En janvier 2012, j’étais interviewé par Rue89Lyon. Y’en a du chemin parcouru depuis… Mais c’est marrant de relire les réponses des années après. En bonus, sous l’article, vous pouvez lire 3 vieux textes. L’un extrait de la revue Némésis dont j’animais l’association avec d’autres, les deux autres tirés de « Identité M.C. » mon premier spectacle (2011) écrit, mis en scène, joué, flyé, dossier de commé, mais jamais rejoué.

Lire l’article ici.

Ashraf Fayad, un extrait de « Instructions, à l’intérieur »

« Nous sommes des comédiens non rétribués
Notre rôle… rester debout, nus comme notre
mère nous a mis au monde. Comme la terre
nous a mis au monde. Comme nous ont enfantés
les bulletins d’informations, les rapports
volumineux, les villages attenant aux colonies de
peuplement et les clés que mon grand-père garde encore.
Pauvre grand-père ! Il ne sait pas que les serrures ont été changées.
Malédiction, ô grand-père, ces portes qui
s’ouvrent avec des cartes magnétiques, ces eaux
de drainage qui passent près de ta tombe.
Malédiction, ce ciel fermé à la pluie.
Qu’à cela ne tienne ! Tes os ne peuvent pas
pousser dans le sable. Le sable est donc de
nouveau la cause de notre sous-développement.
Grand-père ! Je me présenterai à ta place au jour
du Jugement dernier car mes parties intimes ne
sont pas inconnues des caméras.
Sera-t-il permis de filmer le jour du Jugement dernier ? »

Ashraf Fayad, Instructions, à l’intérieur, poèmes traduits de l’arabe par Abdellatif Laâbi, Le Temps des Cerises éditeurs, 2015.

La 4e de couverture :
Né à Gaza en 1980, Ahsraf Fayad est un poète et artiste palestinien qui vit en Arabie Saoudite. Il a d’ailleurs représenté ce pays lors de la Biennale de Venise en 2013.
Des extrémistes religieux l’ayant accusé d’avoir écrit des poèmes athées, il a été condamné à mort, le 17 novembre 2015.
Une campagne internationale s’est engagée en sa faveur. Et le 2 février 2016, la Cour d’appel a décidé de commuer la peine capitale en huit ans de prison et huit cent coups de fouet.
L’action se poursuit pour que soit libéré Ashraf Fayad.

En savoir plus :
– note de lecture de Claude Vercey : I.D. n°628 : Faire du coeur un dieu
– article publié par BibliObs
Ashraf Fayad : 800 coups de fouet pour un poème

04/04/2016 « Light Spirit » / Cie des Lumas

Retrouvez-moi lundi 4 avril dans le spectacle « Light Spirit » de la compagnie des Lumas à la médiathèque B612 à Saint-Genis Laval (69) dans le cadre du festival « Paroles, Paroles ».

Une création théâtrale et musicale autour de l’esprit des Lumières qu’Eric Massé et son équipe déclinent en deux formes courtes :

– Battle de Slam et de Lumières qui s’attache à certaines définitions du Dictionnaire philosophique de Voltaire mises en abîme par la verve du slameur Emanuel Campo. Elle nous confronte avec insolence à des problématiques sociétales actuelles : montée des extrêmes politiques et des fondamentalismes religieux, abus de pouvoir… Elle se déploie entre textes et chansons, en un jeu où l’esprit, le bon mot joue un rôle essentiel. Que ce soit celui des salons d’hier ou celui des plateaux télé d’aujourd’hui, il devient une arme redoutable, et, l’espace de jeu : un champ de bataille.

– Entre-sorts : les artistes de la Battle s’attaque à Sade : il y est question de l’héritage de l’auteur en chacun de nous, et, de pouvoir, qu’il soit politique comme érotique. Lors de ces performances intimistes et joyeusement provocantes, les artistes investissent en parole et en musique des espaces inattendus, et, le public déambule d’une proposition à l’autre.

Découvrir le dossier du spectacle.
http://www.cie-lumas.fr/
http://www.la-mouche.fr/

Distribution
Conception : Eric Massé
Écriture: Voltaire, Sade, Emanuel Campo et Éric Massé
Musique : Julie Binot
Jeu : Céline Déridet, Emanuel Campo et Julie Binot
Production : Compagnie des Lumas, La Fête à Voltaire, ville de Ferney-Voltaire (01)
La Compagnie des Lumas est en convention triennale avec la Drac Rhône-Alpes, la Région Rhône-Alpes et la Ville de Saint-Etienne. Elle est soutenue par le Conseil Général de la Loire

En quoi ça consiste

Tard. En voiture. Mon fils à l’arrière. Nous revenons de chez le pédiatre. Décembre est enfin arrivé en ce soir de janvier avec son lot d’angines, d’otites et de gastros.

J’allume la radio et reconnais à la première note le morceau « C.R.E.A.M. » du Wu-Tang Clan que je n’avais pas entendu depuis des mois. Instantanément, mes yeux

bloquent

 

sur la vapeur ou la fumée peu importe

émanant de la plaque d’égout sur laquelle je m’apprête à rouler.

 

La vapeur ou la fumée peu importe

comme dans les clips, les films ou les cigarettes.

 

A cet instant,

précisément,

mon extérieur disparaît.

 

Ne reste plus que la musique jouée à la radio et la vapeur ou la fumée peu importe

émanant de cette plaque d’égout.

Les clips, les films, les cigarettes et mes fantasmes new yorkais

puis je

me trouve aussitôt transporté

13 ans en arrière

baggy, écouteurs, capuche, solitude en écharpe

déambulant de nuit dans la rue noire de médiocrité

d’une authentique ville moyenne

à l’architecture arythmique

 

loin des territoires qui font l’actu

loin des bureaux qui forment l’opinion

loin dans la vapeur, le givre et la fumée

les arbres maigres qui poussent péniblement

dans le sable des trottoirs

merdes écrasées

le bruit lointain d’une fête en centre-ville

mêlé au grondement d’un train de marchandises passant tout prêt

la brume sonore d’un quartier dortoir ponctué de temps à autre d’un toussotement craché depuis le square

un bus de nuit

le ticket fera le filtre

une dame sort le caniche

pisse contre l’Algeco d’un chantier

champs à l’horizon derrière le périph’

les bulbes des jonquilles attendent leur tour

sous un carré de terre au centre d’un rond-point

qui ne voit qu’un seul côté des voitures

le prix de la baguette commence son ascension de la Tour Eiffel

me voilà en plein dedans et je me revois

jeune adulte au début de « ces années 2000 »

gadget tout neuf

que certains ont attendu avec impatience sortir de leur téléviseur

et que d’autres ne comprennent toujours pas en quoi ça consiste.

_ _

E.C.

 

Chronique de « Maison » sur Poezibao

Samedi 19 mars.
Nous sommes dans le train en direction de Toulouse pour y donner un concert.
Mon partner me tend son I-Phone.
« Tiens, regarde. »

Sur son fil d’actualité Facebook, je découvre une note de lecture de mon recueil Maison – Poésies domestiques écrite pour le site Poezibao (actualité de la poésie contemporaine) et signée  Jean-Pascal Dubost. De quoi me mettre en joie pour les jours suivants. Un grand merci à lui pour cet article qui témoigne d’une lecture approfondie du recueil.

La Boucherie littéraire est une toute nouvelle maison d’édition de poésie, sise dans le Luberon, qui vient de publier une salve de quatre poètes1, ce qu’il faut saluer, car il n’est pas que des disparitions à déplorer, dans le milieu de la poésie, mais aussi et surtout des créations à soutenir. D’autant saluer, cette généreuse entreprise, qu’elle prend le risque de publier le premier livre d’un jeune poète de 32 ans, Emanuel Campo, Français et Suédois, poète pluri-disciplinaire (performer, interprète, musicien, scène théâtrale, spoken word etc.) Il est entendu que la jeunesse ne fait pas la qualité d’un livre, n’est pas Rimbaud n’importe quel quidam au prétexte d’une jeunesse d’artères. Il se trouve que la jeunesse de ce poète apporte une bouffée d’insolence à la poésie, ce qu’il faut signaler. Les poèmes, contrairement à ce que supposerait le sous-titre, n’appartiennent pas à une poésie du quotidien, au sens d’un relevé des faits du quotidien, sur le mode réaliste et neutre, ou néo-réaliste. Si la poésie d’Emanuel Campo est de quelque lignée, nous pourrions citer Tristan Corbière, Roger Lahu, Richard Brautigan, Charles Bukowski et Ian Monk, sur le registre de l’humour tantôt, à tonalité d’auto-dérision. Titre et sous-titre en eux-mêmes ouvrent la porte sur l’humour, un humour tautologique, pour leur cas, puisque le mot « domestique » est, étymologiquement, domesticus, « de la maison », autrement dit lire : « Maison, poésies de la maison », donc. Petite entrée en la matière d’humour, subtilement. Sur ce registre, Emanuel Campo nous ouvre la porte de sa maison, tantôt en rire jaune (Corbière), tantôt en humour décalé décapant presque absurde (Brautigan et Lahu), tantôt en humour noir (Bukowski), humour cruel quelques fois (Ian Monk). La patte de Campo, la personnalité d’écriture sienne, est l’assimilation des pères et phares qui font la sienne, insolente. Pas de grandes révélations sur le monde, on le sait rapidement, dès le deuxième poème :

« Quand j’étais petit,
je croyais que la bande de Gaza
c’était un groupe de rock. »

C’est affiché et clair, le monde est loin, même s’il est dans tous les gestes quotidiens, il est mis à distance par la dérision la plus totale comme dans le poème « Petit  pot, couches et discussion à propos d’économie », où après avoir effectué un tour de planète en l’espace de quelques gestes de la vie domestique :

« et maintenant mon enfant,
que vas-tu faire de toute cette mondialisation qui arrive aux portes de ta bouche ?
À mon fils de 11 mois de répondre :
― Perso, j’en sais rien. Sûrement tout manger. Pose plutôt la question aux fabricants de couches qui tirent profit de toute cette merde. »

Le sarcasme n’épargne personne, pas même l’interlocutrice des poèmes, compagne fictive ou réelle :

« Tu me dis que tu aimes bien la poésie.
En particulier ces courts poèmes japonais
Les sudokus.

Il y a de tout pour ne pas faire un monde, un macrocosme, du sudoku, donc, mais aussi du MMS, SMS, de la pub pour une revue de poésie, un atelier d’écriture, un flash mob, du streaming, du spasfon, des choses qu’on ne trouve pas a priori dans la poésie des poètes du grand vingtième, choses de la vie quotidienne, choses de la vie ordinaire, qui ne font pas rêver, d’un jeune homme sans illusions sur le monde et qui se rattrape en y mêlant des piments humours.
La poésie, dans son extrême-contemporanéité ambiguë, n’est pas épargnée : « Je viens de rentrer d’une lecture/ça manquait de poil/une lecture organisée par une revue de poésie/ça manquait de poil/c’était marqué PERFORMANCE/ça manquait de poil/alors qu’il s’agissait d’une simple lecture qui/manquait de poil etc. »

La platitude est la rampe de lancement des poèmes afin qu’ils décollent, exercice toujours périlleux, de faire poème avec le plat pays qu’est le quotidien domestique. C’est réussi. On sourit. Le tour de force est réussi quand on sourit où ce n’est pas drôle, comme Pierre Desproges savait nous faire rire jaune avec des choses graves. Parfois, on cherche le drôle pour sourire, et on ne le trouve pas, le poème semble tomber à plat, or ce sont les petites incartades de gravité glissées comme peau de bananes verbales.
Poésie insolente, tonique, qui vous fiche une saine petite claque.

Jean-Pascal Dubost

1 En dehors de l’ouvrage ici recensé :
Hélène Dassavray, On ne connaît jamais la distance exacte entre soi et la rive
Mireille Disdero, Ecrits sans papiers. Pour la route entre Marrakesh et Marseille
Thomas Vinau, p(H)ommes de terre

Consulter l’article sur le site Poezibao.
En savoir plus sur l’auteur de l’article.

22/03/16 : Mardi de la poésie

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J’aurai dans le sac des exemplaires de mon recueil « Maison. Poésies domestiques » (éd. la Boucherie Littéraire)

Réservation conseillée par tél 04 76 03 16 38 ou mail et plus d’info ici : http://www.maisondelapoesierhonealpes.com/

« Demande à la poussière » John Fante

demande à la poussière

Mon passage préféré du livre :

« Je les vois tituber à la sortie de leurs palais du cinéma, même qu’ensuite ils clignent leurs yeux vides pour affronter de nouveau la réalité ; ils rentrent chez eux encore tout hébétés et ils lisent le Times pour voir ce qui se passe dans le monde. J’ai vomi à lire leurs journaux, j’ai lu leur littérature, observé leur leurs coutumes, mangé leur nourriture, désiré leurs femmes, visité leurs musées. Mais je suis pauvre et mon nom se termine par une voyelle, alors ils me haïssent, moi et mon père et le père de mon père, et ils n’aimeraient rien tant que de me faire la peau et m’humilier encore, mais à présent ils sont vieux, en train de crever au soleil au milieu de la rue, en pleine chaleur, en pleine poussière, tandis que moi je suis jeune, plein d’espoir et d’amour pour mon pays et mon époque ; alors quand je te traite de métèque ce n’est pas mon cœur qui parle mais cette vieille blessure qui m’élance encore, et j’ai honte de cette chose terrible que je t’ai faite, tu peux pas savoir. »

Demande à la poussière, John Fante, 1939, 1980.
Traduit de l’américain par Philippe Garnier, Christian Bourgois éditeur, 1986.