Puis tu googlas le sens du vent… sur Sitaudis.fr

Sitaudis.fr a publié sa version du puzzle de mon nouveau livre Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait publié cet été aux éditions Gros Textes. Merci à l’auteur de l’article François Huglo. Pour lire l’article sur le site c’est par ici.

 

 Nofuturisme ? L’incipit, « Au commencement était le vieux », semble répondre à celui de Zone : « Àla fin tu es las de ce monde ancien ». Apollinaire proclamait sa fin, il est toujours là, toujours à la clé, vieux comme le monde. Il donne « l’impression que tout déjà existe, a été écrit ». Pas moyen d’en sortir ni d’y entrer puisqu’on y est. Quant à y circuler, faut avoir les moyens, c’est pas donné : « Sans dieu / ni porte-clés / cherche GPS / d’occasion et plus / si gratuité ». Entrer dans un récit comme dans un rêve, ou le contraire ? « Mon futur rêve-t-il / de moi la nuit ? » Réponse négative : « Je ne vous raconte pas d’histoire. Je ne sais pas en raconter ». Le programme de Manu Campo, « Manu / Manu / M’annuler sous mon nom. / Et prendre le Campo par les cornes. » ne se la joue pas, comme celui de Manu Macron, symphonie du nouveau monde. En marche ? Campo en doute : « Assis, est-il assis le monde tout autour ? / S’écoute-t-il nous raconter des histoires ? » Quand il écrit « encore tisser / tisser partout / j’ai encore tissé partout », on entend pisser. Pourquoi dit-on un branleur, une pisseuse, et pas l’inverse ? Réponse peut-être (Campo n’est pas macho) : « Il en faut des couilles, mais pas forcément tous les jours ». Pas plus de banderoles (elles « ne disent rien sur le monde ») que de banderilles : « Je manque sévèrement, sévèrement de challenge. N’ai personne à vaincre. » Sous le titre, on lit : « Fil d’actualité —Bribes —Chutes ». Et page 10 : « Ton truc, c’est pas un texte, / c’est de l’herpès labial. » Poèmes jetables ? De ceux qu’on oublie, Grégoire Damon (né en 1985, deux ans après Emanuel Campo) le reconnaît dans sa postface, mais pour mieux être retrouvés « un de ces jours où vous vous sentez / non compétitif / inefficace, à côté de la plaque, / seul, minable, absurde. » Poèmes sur feuilles volées, et volantes : « Voler le français à la France pour en faire un cerf-volant ». L’air de rien, ces avions de papier peuvent frôler Lacan : « On appartient. Ça nous échappe. » Ou Verheggen : « Mon oral est au plus bas. » Voire Duchamp : « (Poème du 17 / 05 / 2016) / Source : / Wikipédia. ») Bartleby ? « J’aime beaucoup ce que vous ne faites pas. » Si « je me fais rire trop seul », je ne suis pas le seul. Blues urbain : « Un Opinel délaissé par la polis. La CAF comme confidente, la cafetière comme sablier. Aller au taf comme aller à la danse. Obéir pour s’oublier. Voir dans chaque être humain une minorité. » Les lendemains chantent sans oiseaux : « Un moineau patauge dans une flaque d’huile et d’eau. Y voir une notification nous avertissant qu’aujourd’hui nous participons à un événement : la hausse de la croissance. » Flaque ou miroir (Spiegel, Spiegoogle où sonne le glas ) : « Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait. » Mais il suffit de changer un mot pour remettre en selle « Une personne à mobylette réduite ». François Huglo.

“Puis tu googlas le sens du vent…” sur Lelitteraire.com

Merci au magazine Lelitteraire.com de suivre mes publications et à Jean-Paul Gavard-Perret pour son article bien “foufou” concernant mon nouveau livre publié aux éditions Gros Textes. A lire sur le site ici ou ci-dessous :

Emanuel Campo, Puis tu googlas le sens de vent pour savoir d’où il venait

In Google we trust / Her­pès pour l’espèce

Emanuel Campo use d’un titre obèse pour un texte have (mais en rien ché­tif) et ce, plu­tôt que de balan­cer du haut d’un buil­ding un maca­dam cow-boy, pour se « jeter dans le vide un regard de per­sienne ». L’auteur refuse de cou­per les hommes en pièce : il seg­mente leur pen­sée en ce qui res­semble à des apho­rismes des plus robo­ra­tifs.
Reste que Campo demeure un de ces rêveurs insom­niaques qui rodent dans les lave­ries auto­ma­tiques quand il devient impos­sible d’aller autre part, le tout pour « M’annuler sous mon nom et prendre le Campo par les cornes ». Manière de se tendre la corde d’une main et de la brû­ler de l’autre dans ce qui devient un fuck-song.

Le livre monte une his­toire de des­cente et de cendres où, pour une fois, ce sont les femmes qui, pour pla­quer leur mec ‚parlent de faire un break tout en dan­sant le hip-hop. Ce qui, chez l’auteur, crée un break-down dans son esqui­mau­tage en gage de sau­ve­tage (sans savoir qui l’on suce). Par­lant, Campo évite le pathos dans ces poèmes-minutes en train et qui n’en manquent pas. N’ayant pas froid aux essieux il s’astique les mots plu­tôt que de tirer sur l’élastique. Au baise-ball et au pénis de table, il pré­fère la fra­grance des mots avant qu’ils se tuent ou se taisent.
C’est ainsi que le poète avance dans un proto-monde pour tenir avec vio­lence, révolte, dou­leur. Le texte en témoigne. Son humour aussi qui est un atten­tat aux bonnes mœurs et à l’amour. Du moins ce qu’il en reste.

jean-paul gavard-perret

 

Puis tu googlas le sens du vent… sur “Poésie chronique ta malle”

Le très réactif Patrice Maltaverne publie une chronique consacrée à Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait sur son blog Poésie chronique ta malle (véritable mine consacrée à l’édition de poésie). Il s’agit du premier article à propos de mon nouveau recueil sorti en juillet aux éditions Gros Textes.  Merci à lui de suivre mon travail avec attention.

Retrouver ici, l’article original. Extrait :

Quand j’ai commencé à lire “Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait”, deuxième recueil d’Emanuel Campo, publié par les Éditions Gros Textes, je me suis d’abord demandé si je lisais une suite de phrases sans rapport les unes avec les autres, ou bien, un récit en pièces détachées.
Ah ! Toujours cette envie de classification, alors que c’est le texte qui devrait seul compter.
Confirmation faite au fil des pages, et dans la postface de Grégoire Damon, c’est bien de fragments qu’il s’agit ici. Sauf que deux ou trois fois, les fragments s’étirent sur plus d’une page.
Il y a des pépites là-dedans, aucun doute là-dessus. Souvent, des jeux de mots, avec dans une expression déjà connue par ailleurs, un changement de mot qui change la saveur des mots. Par exemple, dans “une personne à mobylette réduite”.
De manière générale, j’ai beaucoup aimé ce regard affiné jeté sur notre monde actuel. C’est bien de lui qu’il s’agit, ici. Car pas facile, hein, d’en parler, tellement la vie des villes l’a rendu divers et sans conséquences. Quelque chose de très nul, en tout cas, quelque chose dont on voudrait toujours avoir la clé, alors qu’elle n’existe pas. Ou bien, avec sa clé, on ouvre une seule petite porte, bien insignifiante. Déjà mieux que rien, me direz-vous.
Et puis d’abord, pas la peine d’en mettre des tartines sur un monde qui s’oublie vite.C’est ce que montre Emanuel Campo, dans “Puis tu googlas le sens du vent pours avoir d’où il venait” (un de ses fragments qui donne le titre au recueil, ça c’est du titre !).

Si vous souhaitez en savoir plus sur “Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait”, d’Emanuel Campo, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l’éditeur: https://sites.google.com/site/grostextes/

 

Burn out

Hypnotisé par le barbecue,
je réponds aux braises par un silence tartare.
Je songe aux tâches à faire avant demain. Soudain,
la-viande-la viande-la-viande me lance-t-elle ça-crame.
Je reconnecte avec moi-même, embué, dans un nuage noir d’urgences immédiates.
Il s’agit dans un premier temps de sauver les chipolatas
pour vite nourrir les enfants qui s’impatientent.
Les merguez n’ont plus rien à dégorger. Elles se tordent de douleurs.
Mon réflexe : verser ma bière dans le feu. Quel trou de balle entends-je derrière moi.
Une goutte a juste le temps de perler sur la pente des ribs de porc
avant de s’évaporer comme la meilleure de mes idées.
La viande n’est toujours pas sauvée.
Pour agir, j’ai besoin de la musique appropriée
afin d’accentuer la tension dramatique du moment.
De la main droite, je saisis mon téléphone, fouille ma playlist,
tout le monde me crie T’es con, occupe-toi de la bouffe,
de l’autre je manipule notre repas avec la spatule.
Putain !
Sur les premières notes de ma chanson
ma poitrine se gonfle
je me sens attirant
et audacieux. Je danse,
la spatule toujours à la main.
Alors que je suis sur le point de retirer du feu les dernières pièces de viande
je renonce finalement au sauvetage.
Je lâche la spatule
– les convives me regardent estomaqués –
et jette mon téléphone par-delà la haie des voisins
qui depuis ce matin nous surveillent derrière leurs stores.
Enfin, je me tourne
lentement
vers la piscine où patauge la belle-fille de Machin.
Sur moi leurs yeux. La musique me porte. Un pas
en arrière, je prends mon élan par les cornes-et-me-précipite-vers-la-piscine-en-courant-et
saute
tout habillé, en riant fort,
en faisant la bombe.

_ _

E.C. juillet 2018

Des ébauches à l’illustration finale

Des premières ébauches à l’illustration finale de Mathilde Campo.

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Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait de Emanuel Campo, 2018
Postface de Grégoire Damon
ISBN : 978-2-35082-376-8
56 pages au format 10 x 15,
6 € (+ 1 € de forfait port – quel que soit le nombre d’exemplaires commandés)

Pour obtenir votre exemplaire, veuillez adresser votre commande à
Gros Textes
Fontfourane
05380 Châteauroux-les-Alpes
(Chèques à l’ordre de Gros Textes)
Le site de l’éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/

A Tribe Called Quest – The Space Program

A Tribe Called Quest, mon groupe préféré, a publié cette année ce qui sera le dernier clip de l’histoire du groupe. The Space Program ouvre leur ultime album “We got it from Here… Thank You 4 Your service” sorti fin 2016. Au revoir. Merci. C’était génial ce bout de temps ensemble.

Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait / Extraits 2

Extraits :

“Les identités s’émiettent pour nourrir les
pigeons. Même l’air devient un uniforme. Un
quartier aux ruelles délassées puis un mec qui
trébuche. Un Opinel délaissé par la polis. La
CAF comme confidente, la cafetière comme
sablier. Aller au taf comme aller à la danse.
Obéir pour s’oublier. Voir dans chaque être
humain une minorité.”

***

“Nos identités ont des arbalètes qu’il faut
regarder en face. Accueillir la flèche car on se
trompe bien souvent d’invasion. Saigner de joie
car les blessures sont apatrides. Le corps est un
territoire à ne pas forcer. Il rétrécit facilement
de l’intérieur. Quand c’est trop tard on vieillit
seul derrière le judas de sa porte.”

 

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Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait de Emanuel Campo, 2018
ISBN : 978-2-35082-376-8
56  pages au format 10 x 15,
6 € (+ 1 € de forfait port – quel que soit le nombre d’exemplaires commandés)

Pour obtenir votre exemplaire, veuillez adresser votre commande à
Gros Textes
Fontfourane
05380 Châteauroux-les-Alpes
(Chèques à l’ordre de Gros Textes)
Le site de l’éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/

 

Ligne de défense

À l’intérieur,
un doigt d’honneur pour seule ligne de défense.
Le planisphère nervuré dans mon poing,
serré.
Dehors ça crame, parfois je m’en balance.
Pense
qu’à ma gueule. Action facile et bienfaisante.
Pense qu’à ma gueule, pense qu’à ma gueule :
le nouveau tube de mes vacances.
Le sol est chaud et la Terre est ronde,
rien de neuf sous les poutrelles du monde.
Les ondes
annoncent des bouchons à l’entrée de nos organes vitaux.
Sortons de l’autoroute et visitons cette abbaye dont parlait le vieux.
Les mecs savaient y faire. Que de monuments.
Cette entité qu’on appelle « 2018 », c’est du papier mâché à côté.
Mais quelque chose, en nous ou en dehors,
fait tout de même de nous,
des femmes et des hommes.

_ _

E.C., 11/07/18

Dialogue

— Je savais pas que t’écrivais.

— Ça m’arrive aussi de faire des pâtes.

— C’est dingue.

— À la sauce tomate.

— Et t’arrives à en vivre ?

— Seulement si la cuisson ne dépasse pas 9 minutes.

— Ça alors. Moi, j’écrivais à la fac, je n’arrêtais pas. Mais après, tu sais comment c’est, l’orientation tout ça. C’est génial de pouvoir vivre de sa passion.

— Faut bien manger.

Avis de parution – “Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait” aux éditions Gros Textes

Avis de parution

Mon deuxième recueil vient de paraître aux éditions Gros Textes.
Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait est un fil d’actualité poétique,
un long texte composé de pleins de courts textes.

L’illustration de couverture est de Mathilde Campo.
La postface est signée Grégoire Damon.
Autant dire que j’ai l’impression de faire sa première partie.

Oui, j’ai beaucoup de chance de les avoir avec moi dans ce livre. Qu’ils soient tous deux remerciés.

Je remercie enfin Yves Artufel, des éditions Gros Textes, de faire exister ce recueil ailleurs que
chez moi.

 

Extrait de la postface de Grégoire Damon :
Vous vous habituiez à un petit monde bizarre mais familier, pratique et pas cher, vite lu, vite liké. Et voilà que c’est la condition humaine, bien raide bien grumeleuse, qui vous tombe dessus. La condition humaine. Son tragique mou, quotidien, confortable. Contaminant jusqu’à la moelle du plus pur des jeux de mots pourris :
« Quand elle m’a dit vouloir faire un break
j’ai d’abord cru
qu’elle se mettait à la danse hip-hop. »

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ISBN : 978-2-35082-376-8
56  pages au format 10 x 15,
6 € (+ 1 € de forfait port – quel que soit le nombre d’exemplaires commandés)

Pour obtenir votre exemplaire, veuillez adresser votre commande à
Gros Textes
Fontfourane
05380 Châteauroux-les-Alpes
(Chèques à l’ordre de Gros Textes)
Le site de l’éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/

 

Revue la Terrasse n°3

Plusieurs pages pour rentrer dans l’univers d’un auteur…
Joie de se retrouver dans ce casting…
Revue cousue et brûlée à la main…
Belles illustrations d’Alissa Thor…
Je suis bien content d’être dans cette revue tenue par Fabien Drouet
8e (+4e de frais de port) à commander à revuelaterrasse@gmail.com
Page Facebook de la revue

 

 

 

 

 

“Maison. Poésies domestiques” sur la Cause Littéraire

La Cause littéraire publie sa deuxième note de lecture à propos de mon recueil Maison. Poésies domestiques (éditions la Boucherie Littéraire). Un grand merci à Sanda Voïca (animatrice de la revue Paysages écrits et auteure de Trajectoire déroutée, récemment publié chez Lanskine) pour son regard et son long article fouillé et argumenté. Enfin, merci à l’éditeur Antoine Gallardo pour l’envoi du livre.

Article à lire sur le site de la Cause littéraire, ou ci-dessous.

“Poésies domestiques. Oui – qui tournent autour de la maison. Domptées ? Nous les avons perçues surtout comme des poésies… sauvages. Pas du tout sages et douces : prêtes à nous sauter au visage, au cou. S’attaquer à nous doucement, malgré tout, pour nous faire voir, penser, rire. Nous émoustiller.

Le premier poème, Autopsie, est un Autoportrait en enfant lambda : « […] Il n’y a rien voyez-vous / aucun engagement ni cause défendue / ni proposition / ni même idée du siècle / rien d’extraordinaire / de fantastique / d’excessif / d’agressif ou de gentil / de mafieux ou de câlin / rien non plus d’absent / aucune bêtise / ni carence / insensibilité ou handicap. […] // Votre fils est moyen voilà tout » (p.9). Mais « moyen » ne veut pas dire « médiocre ». Le recueil trace même une trajectoire d’exception. Cette trajectoire est balisée par des souvenirs marquants, comme la découverte, sidérante souvent, du sens de certains mots ou expressions : « Quand j’étais petit, / je croyais que la Bande de Gaza / c’était un groupe de rock » (p.10). Balisée par le souvenir de la douleur et du courage et de la force, depuis l’enfance : « […] un jour je nage jusqu’à la bouée / puis me fais piquer par une méduse / je crie, c’est désagréable, mais / je me débrouille / seul / pour revenir jusqu’à la plage » (p.13). Cet exploit, qui est à la fois un souvenir, semble être ce genre de premier souvenir qui fonde ou détermine une vie. Le poète restera toujours celui qui dépassera seul les douleurs de la vie : un débrouillard de haut niveau ! Et ses plus grands exploits seront ses poèmes. La réussite même, quand celle-ci n’est, en fin de compte, qu’être soi, donc poète : « Ado, / le miroir de la salle de bain / nous prédisait la réussite / alors que dans celui du soir / nous nous consolions de n’être / que nous-même » (p.14).

Par le biais d’un langage brut, direct, proche de la prose et de l’oralité, mais restant très coupant, Emanuel Campo laisse filtrer, comme dans le poème Croissance, un être légèrement amer, voire blasé. L’enfant « moyen » continue de croître et d’apprendre qu’il ne sait rien et que le monde n’est pas toujours beau : « Ma croissance se porte bien / j’apprends tous les jours que j’ignore / et mon existence n’a aucune / incidence sur la rotation / de la planète » (p.15).

L’état du monde, encore une fois, n’est pas drôle à constater et à évoquer, alors la dérision, l’humour compensent et sauvent les jours de congé : « Un jour je me baigne / dans l’eau de mes congés / le mur / de la frontière / un jour je dépasse de loin la bouée / et heurte de la tête un corps sans vie qui flotte // Porté par les vagues, caressé par les lambeaux, je reste calme. / Nous sommes deux à faire la planche. / Lui sur le ventre. Moi sur le dos. / Au roi du silence, je gagne assez facilement » (p.17).

Blasé, désabusé, le poète est en fin de compte un animal domestique. Mais aucune domestication (aucun domptage) n’est complète, définitive, il y a toujours un reste de sauvagerie pour dévier : « Me dis que // l’ordre / – les chiffres bien rangés / l’alphabet tout ça – / a bien des limites // puisque certaines/personnes arrivent/tout de même à/se perdre dans les trains. // Comme quoi / tout a beau être / tracé // on dévie » (p.16).

Et le comble de la déviance est la poésie !

La plupart des poèmes d’Emanuel Campo partent et ensuite renversent, transvasent, transportent les alluvions d’un fleuve (le flux de sa propre vie) et les transforment, jusqu’à l’arrivée dans la mer (l’océan), en mots solides, ceux de sa poésie. Ces alluvions sont formées souvent de ses états d’âme, des observations sur l’état du jour et, nous le disions plus haut, de l’état du monde. Pas de plaintes, mais le fond de ces états, de ses questionnements, qui passent de frivoles à existentiels, pousse à résister. Le poète tient bon, il doit « tenir » : « […] Drôle d’espace-temps. / Quand les potes demandent comment ça va / la bouche répond par une vanne // des portent raclent péniblement dans la tête. // Rêverie décapitée / par les sirènes du premier mercredi du mois / tenir / dans la circulation des mots qu’on étale / sur les tartines des matins rapides » (p.18). Sauvé par les mots, donc. Encore un !

Après la lecture du livre nous sommes revenus sur ces quelques vers, déjà cités auparavant, car ils nous ont paru comme le modus operandi, même lemodus scribendi(la façon de faire, d’écrire) d’Emanuel Campo. Notamment cette capacité d’arriver à se retrouver dans ce « drôle d’espace-temps », où le poète a la tendance d’utiliser les vannes. Et surtout la capacité de « tenir », à travers l’écriture.

Cette « méthode » annoncée donne ses fruits, quand le poète arrive à écrire un poème comme Il y a, qui, au-delà de sa beauté intrinsèque, et de la lecture au premier degré (lecture littérale), peut être lu – ce qui nous est arrivé – comme une immense métaphore de l’acte de l’écriture (lecture allégorique) : « Il y a / perçant la fenêtre / un rayon de soleil / voire deux trois // une masse lumineuse / se pose sur le bureau / s’ancre sur le bureau / s’ancre et dessine / à la surface / un lotissement dont / on ne sait quel cadastre. // Il y a sans doute une parcelle à louer / une friche à retourner / une part d’ombre à trouver / si la main / joue à l’éclipse. // Mais c’est l’avant-bras qui / comme une écume / s’échoue en roulant / vers ce qui deviendra un appui / une rive un livre // Dans la chaude pièce du bureau / entre / une fragile épaisseur ».

Poème qui invite à être décortiqué plus que nous le faisons ici et dont nous retenons la « fragile épaisseur » comme la caractéristique principale des poèmes d’Emanuel Campo – ou du moins de ceux de ce recueil.

Et sans oublier – sujet à développer à une autre occasion – l’importance de la main dans la poésie d’Emanuel Campo.

Si dans la « vraie » vie le poète peut être un chômeur éternel, il travaille quand même à plein temps à regarder (par la fenêtre) et à écouter : le monde et soi-même.

Résistance, toujours et besoin de rester « sauvage » : « […] Plus bas la ville me cherche un emploi // les écouteurs sur les oreilles / bientôt je le refuserai // ils ne m’auront pas » (p.21).

Et si notre poète accepte un travail, il est toujours en rapport avec l’écriture, comme les ateliers d’écriture.

Persistance de la vie comme elle va – notre demeure. La maison ne peut être qu’un poème, voire une revue de poésie. La vie et la poésie sont inextricables : « Je compte lancer une revue / avec dedans avec dedans / un poème de poésie / et de la vie et de la vie » (p.25).

Poésie et vie. Poésie et amour. Poésie et couple. Poésie et vie conjugale. Poésie et… réussite. Celle de l’écriture même : « Je sors d’un colloque sur l’état de la poésie dans notre région. Lors de la table-ronde Comment construire un projet avec un poète ? je pensais sans cesse à ma meuf. Notre projet de vie commune tient plutôt bien la route. J’aurais dû lui demander une contribution écrite. Elle aurait sûrement éclairé l’assemblée » (p.47).

L’ironie dans beaucoup de poèmes est douce comme la folie douce : « Tu me dis que tu aimes bien la poésie. / en particulier ces courts poèmes japonais / les sudokus » (p.27).

Oui, un vent de folie, mais encore une fois, douce, et dans le bon sens de l’expression, une sorte de dérèglement des sens, traverse les chambres de ce bâtiment, qu’est le poème. Surtout quand on a la conscience – douloureuse, exaspérante – que l’écriture de la poésie ne peut être qu’en deçà (en-dessous ou à côté même) de la poésie : « Putain / des fois souvent / ça sort comme ça / comme un mot de falaise / un cri building / plus haut que la phrase / plus haut que ce qui est dit / ailleurs / dans une autre partie de l’ouïe ». Et donc où la poésie est cet « ailleurs / dans une autre partie de l’ouïe » (p.28).

Mais tout d’abord la poésie d’Emanuel Campo est une question de révolte, de résistance (à la domestication) et de choix de son propre langage : « Ce matin, j’en suis à un point où voilà j’emmerde les syllabes et leurs gants de boxe. Je ne veux plus utiliser les mots dont je n’ai pas choisi la prononciation » (p.29).

Le sauvage en nous est de la nature de « l’inachevé » : « Toujours j’oublie / qu’un inachevé nous traverse » (p.30).

Malgré les apparences – humour, (auto)dérision, détournements et jeux de mots, langage familier, sujets à la portée de chacun (vie et scènes de famille, engueulades, grossesse et enfants en très bas âge dont il faut s’occuper, etc.) – la poésie d’Emanuel Campo caresse souvent le lecteur à rebrousse-poil, elle veut l’énerver, le secouer, le réveiller, le rendre lucide, lui attirer l’attention sur le besoin de s’évader : « Du regard, on s’évade par la fenêtre » (p.43). Et surtout lui dire : « Il n’y a de famille que s’il y a création » (p.55).

L’écriture est exactement comme l’inquiétude d’être parent : exagération.

Dans le poème – anthologique ! – Ce sont de vrais jumeaux ?, à partir d’une expression courante, « des vrais jumeaux », en prenant les mots dans leur sens propre, Emanuel Campo crée une vraie tempête dans nos têtes pour « expliquer » le regard interloqué de son interlocuteur à sa réponse : « Juste un, l’autre est en résine. Mais les deux sont de la même mère ». Voilà cette divagation qui transit le lecteur : « Entre nous : / une lueur apparaît : une source d’énergie grandit : une chaleur : le vent se lève : fort, et embarque : tout sur son passage : la tempête, oui : une tempête éclate et le tonnerre : fait trembler tous les rayons de la supérette : de centaines d’articles volent autour de nous : des éclairs : jaillissent-grillent le caissier en un bip ! » (p.48).

Exagérez, exagérez, quelque chose va rester : la poésie !

27 alliances en 3 tercets

Se doucher-écran. Payer-retard. Conduire-héritage.
Diner-invention. Tracer-podcast. Se persuader-Bac+5.
S’habiller-violence. Envoyer-frontière. S’isoler-langage.

 

Baiser-sans fil. Sécréter-club de foot. Jouir-centre-ville.
Séquestrer-solidarité. Cauchemarder-pourcentage. Obtempérer-armure.
Stigmatiser-Première Dame. Pirater-fantasme. Terroriser-direction.

 

Compromettre-image. Éjaculer-banlieue. Dénoncer-espèce.
Dévier-popularité. Risquer-famille. Estimer-identité.
S’engager-panneau. Voter-périphérique. Libérer-action.

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E.C. Février 2016 – Juin 2018.