07/07 à la librairie Vivement Dimanche, Lyon 4

En écho à la création « Violon’ Fridge Performance » (8, 9 et 10 juillet à Lyon) à laquelle je participe en tant qu’auteur et comédien au sein de Ilimitrof CPG, je donnerai une lecture de mon recueil Maison. Poésies domestiques (éditions la Boucherie littéraire) jeudi 7 juillet à 19h à la librairie Vivement Dimanche (4 Rue du Chariot d’Or, 69004 Lyon). Inscription demandée à l’adresse contact[@]vivementdimanche.com

Le site de la librairie Vivement Dimanche.
Le site de la compagnie Ilimitrof que j’ai intégrée cette année.
La page Facebook de la création Violon’ Fridge Performance.

Critique de « Maison. Poésies domestiques » dans Texture

Nouvelle critique en ligne de mon recueil paru à la Boucherie Littéraire. Merci à son auteur Michel Baglin qui anime la revue Texture.

Premier recueil de son auteur, ce deuxième titre de la collection Sur le billot de la toute jeune maison d’édition La Boucherie littéraire (voir ci-dessus) sait manier la dérision et l’autodérision : « Tu me dis que tu aimes bien la poésie. / En particulier ces courts poèmes japonais / Les sudokus. »
L’humour y décape et y malmène le conformisme domestique, mais chacun y reconnaîtra un peu de ce qui fait l’ordinaire des jours à la fois boiteux et attachant. Car c’est le quotidien qui est ici caricaturé, moqué et secrètement célébré, entre le biberon du gosse, les SMS, les engueulades, la poubelle et une lecture publique pas très convaincante…
« Tenir / au milieu des formulaires / dans le bruit des machines domestiques / avec l’appréhension du chômeur / en fin de droits / la chaleur ruisselante de ce début d’été / qu’on n’a pas vu venir / qui salement s’est plantée sous les bras / alors qu’on traînait dans l’appart’ / les fringues de la veille / et la coupe du lendemain. »
Emanuel Campo, 32 ans, Français et Suédois, jette volontiers des ponts entre les disciplines, puisqu’il est à la fois poète, musicien, performeur, comédien, etc. Les poèmes qu’il livre – ou lâche dans une « mise à flow » – doivent à ces divers domaines leur énergie, leur rythme, leur qualité de mises en bouche. Ils sont un vrai reflet de notre dérisoire modernité et de « l’inachevé qui nous traverse. »

Le lien vers la critique.
Le lien vers la revue Texture.

C’qui est dingue

c’qui est dingue
avec la vie
mon petit
c’est que la vie
elle efface la mémoire
elle va rayer de nos têtes
ce matin de merde
où ni toi ni moi
voulons nous écouter
tu sais
tu vas finir par le boire ton biberon
et ce T-shirt
tu vas t’le mettre
alors me prend pas la tête
arrête de chialer
comme un bébé de 9 mois
c’est bientôt l’heure d’aller à la crèche

c’qui est dingue
avec la vie
ma belle
c’est que la vie
elle efface la mémoire
elle va rayer de nos têtes
cette soirée de merde
où ni toi ni moi
voulons nous écouter
tu sais
tu vas finir par le voir en replay
ton feuilleton
mais le match ?
un match ça se regarde en direct
en même temps que les autres humains
alors me prend pas la tête
comme j’sais pas quoi
c’est l’heure du coup d’envoi

c’qui est dingue
avec la vie
mon pote
c’est que la vie
elle s’efface
pendant nos moments de faiblesse
elle nous laisse nous démerder
puis nous fait nous éloigner
les uns des autres
mais un jour
un coup de super glue
nous refixe tout ça
dans le désordre certes
mais au moins c’est l’occas’ de refaire
ensemble
le puzzle
alors voici ta jambe et ton oreille droite
que j’ai tenté de recoller suite à notre dispute de l’autre fois

E.C. 16/06/16

Ce samedi 4 mai au C2 à Torcy

Ce samedi 4 juin je donnerai une série d’intervention lors du cabaret de révoltes et d’utopies, dans le cadre du C.L.U.B. (communauté libre des urgentes batailles).

Le principe : « confier votre révolte à un artiste le jour dès 11h, il vous la transformera en spectacle le soir! »

Au centre culturel le C2, Torcy (71). Programme.

Marlène Tissot – Lame de fond

P1080277Un jour, j’ai pas dormi de la nuit,
j’ai relu.

Pour reprendre le premier vers d’une série de poème que Marlène Tissot publie sur son blog. Ma colocataire au sein des éditions la Boucherie littéraire a publié son dernier livre Lame de fond. Un livre de proses que je considère comme un copain de voyage.

Un extrait :
« Je voudrais écrire mieux. T’écrire avec assez de légèreté planquée sous le masque rigide de la syntaxe pour que l’histoire soit tissée d’autre chose que de mots, pour que tu puisses me lire même si tu n’es plus là. Je voudrais t’écrire mieux et ne surtout pas faire de toi un mythe, un monstre, un banal héros de fiction. Écrire comme on souffle sur les braises. »

Les livres de la Boucherie littéraire se trouvent ou se commandent en librairie.

Benoît Jeantet – Et alors tout s’est mis à marcher en crabe

P1080275 Nouvel ouvrage publié aux éditions Le pédalo ivre dont la collection « poésie » joue un rôle de « Pascal le grand frère » pour bon nombre de lecteurs. Aujourd’hui, dingue ! Le recueil de proses Et alors tout s’est mis à marcher en crabe de Benoît Jeantet. Rare que la première page d’un livre me rentre dedans de la sorte :

« Cette gare est une plaine. Une plaine de visages maigres et de rêves qui empestent la vieille pisse. Des rêves tristes et sombres. Des rêves aux amours jaunes. Des rêves assoupis sous la poussière de la ville. La ville est rousse. Rousse et pelée comme une chienne. Une chienne inutile et malade. J’ai aimé cette ville. Si vous saviez comme j’ai aimé m’endormir dans les bras pleins d’histoires de cette ville. J’ai aimé cette gare. Oh, à un point que… Et puis il a fallu que ça arrive ; que ça nous arrive. »

Plus loin :
« Il me semble que les yeux ne suffisent plus, de nos jours, à séduire les filles. Il y a pourtant des tas de saules tortueux, et même des tas de branches lambda qui rêvent encore de remettre les pendus à l’heure. »

Ici :
« L’anxiété, l’alcoolisme, la paranoïa ne sont que des symptômes. Le mal dont souffre ce matin est bien plus profond en vérité. Ce matin voudrait qu’on s’occupe de lui. Qu’on fasse attention à ses frasques d’ado attardé. Voilà encore un matin qui a besoin d’amour. »

Là-bas mais pas tout à fait à la fin :
« C’est durant un face à face assez insoutenable avec un kilo de carottes en colères que je me suis fais cette réflexion. Cette réflexion la voici : je n’ai pas toujours été cet homme de 43 ans avec des tas de rêves roulés en boule – tout chiffonnés  au creux des poches. Et voilà pour cette réflexion. »

C’est un livre qu’on s’offre. Pour le commander c’est ici.

 

VERY DICK

(histoire vraie du jeudi 26 mai 2016)

à Frédérick Houdaer

le bus arrive à l’arrêt
les contrôleurs nous attendent
je descends vers eux un livre à la main
celui de droite me demande mon ticket puis
« vous lisez quoi ? »
je lui montre la couverture
Pardon my French un recueil de poésie
il me rend mon ticket « ah c’est très bien ça »
ah vous connai… ?
il contrôlait déjà le passager suivant
l’afflux de gens pressés m’avait éloigné de dix mètres
si seulement j’avais fraudé
nous aurions pris le temps

_ _

E.C.
Commandez ici Pardon my French de Frédérick Houdaer, éditions Les Carnets du dessert de lune, 2016.

François Jullien « Nourrir sa vie »

Picasso me paraît même fournir le meilleur commentaire […] : « Chaque être possède la même somme d’énergie. La personne moyenne gaspille la sienne de mille manières. Moi, je canalise mes forces dans une seule direction : la peinture, et lui sacrifie le reste – vous et tout le monde, moi inclus. » Quiconque a dessein de faire œuvre devrait, je crois, l’inscrire en exergue à sa vie pour résumer son exigence : la condition de cette œuvre est de ne pas « gaspiller » mon souffle-énergie et, pour cela, de me retirer volontairement (ascétiquement) de tous les investissements ordinaires entre lesquels va se dispersant ma vitalité et de les sacrifier – immoralement (« égoïstement »), jugera-t-on du dehors – pour me concentrer sur ce seul objet. Car c’est bien à ce niveau foncier du vital et de son économie, et non, comme on croit, à celui du talent, du génie, de l’inspiration ou, selon l’autre versant, de la patience et du travail (tout cela n’est que conséquence), que l’œuvre trouve sa possibilité effective et commence à se développer sans forçage artificiel, parce que ayant enfin trouvé son fonds propre alimentant généreusement la création.

François Jullien, Nourrir sa vie à l’écart du bonheur, page 80, éditions du Seuil, 2005.

extrait d’un travail en cours

Un projet commun. Mais lequel ?
Être accoudé le matin au bureau est à elle-seule une action d’avenir.
Seul dans la chambre tu manifestes.
Le trafic au-dehors te repeint la fenêtre.
Les trams et les corbeaux volent sur le même plan.
Tu es de celles et de ceux qui se foutent
de la France qui va mal.

Tu te résignes
à ne pas péter plus haut que ton cul.
Tu te trouves d’une taille suffisante.
Tes manches accomplissent chaque matin
le geste qui te couvre les bras.

_ _

E.C., extrait d’un travail en cours, avril 2016.

« Maison » dans Bing Bang Magazine

En page 84 du n°66 de Bing Bang, magazine gratuit diffusé à Dijon, Beaune et Besançon, la vraie et l’unique Carla Garfield consacre un article sur mon parcours bourguignon et sur mon recueil Maison. Poésies Domestiques. Un grand merci à l’auteure qui suit de près et soutient mon travail depuis plusieurs années déjà. Je pardonne donc au correcteur de ce numéro d’avoir rajouté un « m » à mon prénom. Feuilletez ici en ligne le numéro entier.

Bing Bang Magazine n°66, page 84, printemps 2016.
Bing Bang Magazine n°66, page 84, printemps 2016.

No Battery

Le jour où j’ai voulu rencontrer Lily Allen
elle n’est pas venue.

Sur ce banc public en warning
le temps stressé par le cœur et le trafic.

J’ai attendu longtemps envoyé
de nombreux messages par pigeon.

J’ai envoyé longtemps attendu
ses messages ses pigeons.

Mais aucune réponse mis à part
des bruits de travaux
dans ma tête et dans le bâtiment d’en face
et le signal sonore de mon baladeur.

Pendant ce temps sur la Cause littéraire

Le magazine en ligne La Cause littéraire consacre deux articles aux éditions la Boucherie littéraire.

Le premier est un entretien avec mon éditeur Antoine Gallardo, à lire ici. Le second chronique les quatre recueils publiés jusqu’à aujourd’hui dans la collection Sur le billot de la Boucherie littéraire. Voici ce que l’auteur de l’article Philippe Chauché (journaliste à Radio France et chroniqueur à la Cause littéraire) écrit sur mon recueil Maison :

Emanuel Campo ne manque ni d’audace, ni de culot, il écrit comme s’il chantait, et d’ailleurs, il chante. Ses petites poésies résonnent comme des chansonnettes, d’enfance et de son âge, l’une donnant naissance à l’autre, des ritournelles. Ces Poésies domestiques misent sur la collection, la multiplication, la rencontre, la surprise, les mots qui se rencontrent pour la première fois ont souvent l’air surpris. L’auteur, joueur, en joue, s’amuse des phrases reçues et des situations inventées ou supportées, et tout cela fort heureusement n’a aucune incidence sur la rotation de la planète.

Je vous invite à lire ici le reste de l’article consacré aux recueils de mes colocataires d’édition, voire grandes sœurs, Marlène Tissot, Hélène Dassavray et Mireille Disdero.

Mon pote me dit

Mon pote me dit
« C’est trop court. T’as pourtant une vue sur le Rhône. »

C’est que les fleuves ne m’inspirent pas.
Peut-être une fois l’A7 qui passe tout près.
Si l’on considère que c’est sale pareil et qu’ça remue.
J’habite à hauteur des cimes
des arbres bordant les quais.
Pas même leurs feuilles mortes ou leurs bourgeons me font de l’effet.
Ya même des oiseaux.
Ils passent en l’air en battant des ailes
comme s’ils volaient.
Et des nuages.
Ya plein de nuages.
Et de la brume certains matins.
Et c’est joli tout plein mais
j’ai pas la libido paysagiste.
Internet m’avertit constamment que je participe à des choses.
Et la petite métropole que j’habite
se rêvant carte postale
réhabilite le quartier d’en face
à grands coups de nuits sonores et de marteau-piqueur.
Le sol se lève et le ciment pousse
comme dans une contrepèterie.
Tout gronde.
Tout est en travaux.
Tout
coule et s’entrechoque au réveil et dans le jour.
Le Grand Rhône n’est qu’une flaque.
Alors je passe la main sur mes yeux
retrouve mon visage
retourne à mon travail
qui sans effort
s’abat sur moi.