« Test 1, 2, 1, 2 »

Aujourd’hui, je n’ai besoin de vous

parler de rien en particulier

pourtant

la colère

le nœud

la fumée

sont là

 

mais pour le moment

le nœud

la colère

la fumée

jouent sagement à l’intérieur

 

sans trop taper dans les meubles

la colère la fumée le nœud

 

ça remue juste

à peine

pizzicato sur un nerf

 

juste ce qu’il faut

de fumée de nœud de colère

pour me faire quitter ma chaise

et vous dire

que ça pique un peu

et vous dire

que c’est pas grave

et vous dire

que ce picotement et moi

on va faire de grandes choses ensemble

 

mais avant il nous faut vivre

un petit bout de temps

sous le même toit

histoire de voir si ça marche entre lui et moi

_ _

E.C. 01/12/2014

Une parole de Ralf Hütter de Kraftwerk

photo extraite du site du magazine Tsugi www.tsugi.fr

« En vélo, si je veux tourner à gauche j’y vais immédiatement, avec les ordinateurs ce n’est pas aussi évident. Aujourd’hui, la technologie aide beaucoup le compositeur, c’est pour ça qu’il y a tellement de musiques identiques, il est donc plus que jamais nécessaire d’utiliser la partie créative de son cerveau. »

Ralf Hütter, extrait du hors-série du magazine Tsugi consacré au groupe Kraftwerk, nov-déc 2014.

1 poème publié dans « NOX », le n°19 de la revue DeZopilant

Ravi, je suis extrêmement ravi, de figurer au sommaire de « NOX », le n°19 de DeZopilant, revue porté entre Reims, Lyon et Paris par un collectif de joyeux « architektes kréatifs » dont le poète aux multiples pseudos : Abü Leïla, anciennement Dadatchat, anciennement D’, anciennement Culbutoké, avec qui j’ai eu le plaisir de partager la scène en 2010.

pour apprendre le monde

Doucement

j’hallucine

par simple coalition

j’apprends à faire les gestes

(Dadatchat, extrait de ce n°19)

Ce nouveau numéro, réalisé avec l’asso INGENS, est dingue : les textes y sont excellents. J’y retrouve les compagnons de route Isabelle Monin et Saïd Nourine avec qui je partageais les sommaires des numéros de la revue Némésis de 2005 à 2011, revue de poésie, gratuite, à Dijon.

[…] le souffle court et jambes en l’air

oublier tout entrouvrir le silence

et assassiner dimanche au son d’une cafetière enrouée

(Isabelle Monin, extrait du poème Poésie ?)

Sommaire riche et varié, comme toujours, avec aussi des noms plus répandus : Lucien Suel, Charles Pennequin, Yves Bonnefoy…

La mise en page, inventive et soignée, et les illustrations sont l’œuvre du graphiste et artiste Nicolas André. Voici une photo de ce n°19 tirée de son site (pour voir d’autres photos de la revue c’est ici) :

crédit : Nicolas André. http://www.nicolas-andre.com/

 

Vous y lirez aussi le poème que je signe. Celui-ci commence par :

je viens de rentrer d’une lecture ça manquait de poil

Enfin, vous voulez agir avec DeZopilant :

en proposant des textes au prochain numéro : ariane.dezop@gmail.com

en soutenant financièrement l’action de DéZopilant en vous abonnant : 10 euros par chèque – association Dezopilant – 31, rue Pasteur – 51220 Courcy.

 

Paul Wamo & Emanuel Campo au C2 à Torcy (71) samedi 6 décembre 2014

 

Ce soir : « ON EST LA » scène-performance-lecture-rencontre inédite entre Paul Wamo, poète de Nouméa, et moi-même au centre culturel le C2 à Torcy (71) après une résidence commune de 4 jours comprenant un stage de création avec le public.

Extraits :

Je viens de là et de là je suis arrivé jusqu’ici, je viens d’hier et d’hier je suis là maintenant, bien avant moi-même, je viens d’encore plus loin que moi-même, et d’encore plus loin que moi-même, je suis à présent, je viens de là et de là je suis arrivé jusqu’ici. (Paul Wamo)

Je viens de terres qui gueulent trop fort dans les oreilles de mon enfance et de mon enfance d’allers-retours je me suis fabriqué une ancre. De cette ancre aujourd’hui très lourde je fabrique des biberons tous les jours à 6h du mat depuis plus d’un an. Depuis plus d’un an je me dis « merde je fais moins de soirée » mais à 31 balais j’ai une théière comme sablier. (Emanuel Campo)

Un grand merci aux équipes du C2, de la bibliothèque départementale de Saône-et-Loire et de la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris d’avoir permis cette rencontre entre Paul et moi.

Soirée organisée dans le cadre du temps fort NOUVELLE-CALEDONIE / SAONE-ET-LOIRE : CULTURES COMMUNES (voir le programme).

Découvrir l’ami Paul Wamo :

– son clip AEMOON
Infos pratiques :
Tarif : 5 €
Réservations : reservation@lec2.fr / 06 82 60 53 34 ou 06 98 48 70 63

Adresse : Centre Culturel le C2 17/24 avenue du 8 mai 1945 – 71210 Torcy

Pour une débénabarisation du quotidien #67-71

67) C’est bien ! Bravo. Maintenant lâche la main. Vas-y lâche la main. Allé la main. Ouais. Vas-y. Ouais ouais c’est ça. Oui. Lâche. Lâche. Lâche prise. Lâche prise. C’est ça. Bravo ! C’est bien Papa, c’est bien.

68) C’était quoi ton métier quand t’étais jeune ? Jeune comment ? Jeune après le noir et blanc. Jeune en couleur quoi. Ben on n’avait pas vraiment de métier. On avait surtout des emplois. On cherchait un emploi. Ah. Non mais c’était sympa quand même. On faisait des trucs. Des trucs ? Oui des trucs. Du genre fallait écrire ça dans la case d’un feuillet pour que l’opération aboutisse. Construire des arrêts de tram avec des petits sièges espacés pour ne pas pouvoir s’allonger sous l’abri. Ou poser des questions fermées avec peu de lignes pour répondre. Le feuillet était en papier recyclé quand même faut pas déconner. Comme dans Hunger Games 9 ? Je ne sais pas je me suis arrêté. Au 4.

69) (Inspiré de faits réels) Tu lis quoi ? Gua. Et ça raconte quoi ? Gua. C’est bien ? Na dadada.

70) Sieste. A moi de vous réveiller.

71) Je sonne à la porte. Il sait que c’est moi. Je l’entends penser tout haut à travers le judas « putain c’est lui. J’espère qu’il ne va pas me parler poésie ». Il m’ouvre. Je me tiens debout sur son paillasson « wouaf wouaf ». Il me sourit alors que le reste de son corps semble tirer la gueule. Je lui lance : tu connais l’histoire de Génial le Poème ? Alors c’est Génial le Poème qui se ballade dans la rue. Soudain il tombe sur Paf le Chien et Flip-Flap la Girafe tous deux en train de se disputer la première place du classement de la meilleure vanne. Quand ces derniers le remarquent, ils s’immobilisent puis s’exclament en chœur « Génial le poème » ! A ces mots, le type se met à trembler. Un gigantesque trou noir commence à apparaître dans le novembre de sa tête. Le vortex grossit. Puis d’un coup, le type s’auto aspire. Se dissout en lui-même. Un temps. Puis plus rien. Je pense « OK un de moins » et barre un nom de ma death note.

_ _

Ici la contribution précédente de Grégoire Damon : du #53 au #66.

On parle de mon site sur le blog de la revue Traction-brabant

Patrice Maltaverne, poète, revuiste et éditeur parle de mon site sur le blog de la revue Traction-Brabant. Un grand merci à lui.

J’aime bien le site d’Emanuel Campo, intitulé « Etrange Playground ». ça m’a rappelé le titre d’une « chanson » appelée « Violent Playground » du groupe Nitzer Ebb que j’écoute encore de temps à autre.
C’est que dans cette publication, il y a comme un goût de baston à venir, quelque chose qui menace. Les menaces, elles ne sont pas difficiles à trouver. Il suffit d’allumer sa télé le soir et de lire un peu le journal…
L’extrapolation n’est qu’en face B mais elle est nécessaire à mon sens. C’est aussi ce que Grégoire Damon, complice d’Emanuel, appelle la « Débénabarisation du quotidien », projet d’écriture commun.
Dans cet étrange playground vous trouverez également des morceaux de musique, des coups de cœur, notamment pour la poésie de Jason Heroux (que je partage). Bref, pas mal de points communs et surtout beaucoup de textes qui claquent bien et que je vous encourage à aller lire. Pour abaisser la pointe du saphir, c’est ici

Le lien direct de l’article c’est ici. Le blog de la revue Traction-Brabant c’est ici. Les autres blogs de Patrice Maltaverne :

 

 

Pour une débénabarisation du quotidien #53-66

Cher visiteur du présent qui désormais suit minutieusement la débénabarisation du quotidien,

Grégoire Damon vient de poster une suite qui dépote sur son blog : du #53 au #66

Bonne lecture !

Mais que vais-je répondre ?! Work in progress

 

PS : pour celles et ceux qui débarquent, le chantier Pour une débénabarisation du quotidien peut-être suivi ici ou ici.

Au bas des berges

et je percerai le secret de ce livre qui ne s’écrit pas

les feuilles de l’autoroute brunissent et coulent

au bas des berges du cendrier

 

le téléphone est l’arme de référence

et les publicitaires le savent

ils sont là

et savent

que l’écran est aussi des ultimes

 

assis est-il assis le monde tout autour ?

s’écoute-il se raconter des histoires ?

en particulier celle du monde assis qui se raconte des histoires

 

ça claque des doigts pas loin

ça clamse les néons bouteilles goudron fumant sur fond de basses funk se font entendre derrière l’épaule du balcon

 

il en faut des couilles

 

mais pas forcément tous les jours

 

act like you want it nous souffle-t-elle la chaîne

les sonneries sont le paysage et je ne suis pas assuré à présent de distinguer la colline en face

 

la tasse brûle la table

un livre couché entrouvert forme une bouche

cette bouche semble me parler

mais je n’ai que l’image

les sons ne sont pas encore arrivés

les mots lestent son intérieur

poids qui prend son temps et s’ancre

ce n’est qu’une grimace que je reçois du livre couché

 

et l’autre, toujours l’autre livre,

l’autre qui ne s’écrit pas.

 

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E.C.

Pour une débénabarisation du quotidien #46-52

46) Playlist de la matinée : Slum Village – The Look of love ; Cat Stevens – Tea for the tillerman ; Smokey Robinson – Quiet storm ; Naïve New Beaters – Live Good ; XTC – Runaways.

47) C’est qu’aujourd’hui ça m’appuie dessus. Trop dehors. Lourd dehors. C’est pas que je préfère mais j’ai le plafond qui me cadenasse. De l’intérieur je m’enferme. Bon c’est pas la mort. Ça m’arrange de ne pas avoir envie.

48) De sortir. J’ai le petit mal de tête du lendemain de week end. Jeune trentenaire, ça m’a étonné au début puisque ce n’était pas encore récurant. Ça surprend : pourtant je n’ai bu qu’un verre de rouge.

49) Quand à la première phrase du #47, j’écris « ça », je pense d’abord « monde ». Puis « ciel ». Mais j’écris « ça ». Faut savoir garder le mystère. Ne pas dévoiler le truc. N‘en parler à personne.

50) Je crois avoir compris pourquoi aujourd’hui on ne crée pas d’emplois. On en crée pour demain. Pas demain demain mais demain dans longtemps. Quand le niveau des océans nous arrivera aux sourcils, que le reste du continent sera goudronné et que les aires de jeux seront couvertes de sols souples dégueulasses, les paléontologues n’auront plus de dinosaure à se mettre sous le pinceau (les dinosaures se seront déjà tous dilués en pétrole). D’où l’importance aujourd’hui, comme écrit au #45, de noyer l’ouvrier dans le béton : donner du travail aux paléontologues de demain. Alors question : le fossile du col bleu en dira-t-il plus sur notre époque que les artistes d’aujourd’hui ? On a tendance à davantage faire confiance aux morts qu’aux vivants. C’est ce qu’on appelle le recul historique, qui soit dit en passant, a autant tué que la bêtise contemporaine.

51) « Vous vous rendez compte ? Ce texte bien qu’étant écrit en 541 avant Jean-Claude est terriblement d’actualité blablabla ». Ferme ta gueule. Aujourd’hui moi méchant. Gratuit.

52) Pour vendre des livres, des albums ou des spectacles devront-ils se présenter comme des artistes morts ?

Guide pour garder les poulets en ville – Jason Heroux

you have to choose
in this world even though you have no choice

it’s a spring afternoon, or it’s a spring afteroon
it’s war every night on the news, or it’s war

every night on the news
a can of Diet Pepsi,

or a can of Diet Pepsi
you have no choice

you have to choose
between living

in the world
this way, or living
this way in the world.

Jason Heroux

 

Traduction par Eric Dejaeger :

on doit choisir
dans ce monde même si on n’a pas le choix

c’est un après-midi d’été ou c’est un après-midi d’été
c’est la guerre chaque soir aux nouvelles, ou c’est la guerre

chaque soir aux nouvelles
une canettes de Pepsi Light,

ou une canette de Pepsi Light
on n’a pas le choix

on doit choisir
entre vivre

dans le monde
de cette façon, ou vivre

de cette façon dans le monde.

 

Extrait de l’excellent recueil A guide to keeping chickens in the city de Jason Heroux publié dans le Mi(ni)crobe #45 accompagnant le numéro 86 de la revue Microbe. Ce matin, en lisant ça, j’ai pris une claque. Belle découverte.

Pour une débénabarisation du quotidien #12-25

12) Je passe deux secondes dans le salon chercher un truc. La télé est allumée, j’entends : « Ils se pensaient contaminés parce qu’ils avaient marché sur un crapaud ou une salamandre. Alors ils ont tenté de se guérir avec des pierres. Forcément ça a marché puisqu’ils n’avaient rien. D’où le pouvoir de guérison que l’on prête à certaines de ces pierres. »

13) Véridique. Ça s’est passé comme ça. J’ai fait deux pas dans le salon avant de m’installer.

14) C’est peut-être un signe. J’avais l’ordinateur à déplacer. Chez nous, notre portable ne fonctionne que sur secteur. Alors quand j’ai besoin de m’isoler pour travailler, je le débranche du salon pour ensuite le brancher à la chambre. La batterie a un problème. C’est un portable à obsolescence programmée. En gros, c’est le même prix qu’un ordinateur portable classique, sauf qu’en plus, on t’invite à en racheter un autre dans trois ans. Comme les ordinateurs portables classiques. En somme.

15) En voulant écrire « portable », j’ai d’abord tapé « potable ». C’est peut-être un signe.

16) En fait, on le fait durer. On va le sucer jusqu’à la moelle. On décidera de la date de sa mort comme le ferait le Conseil d’administration d’un laboratoire pharmaceutique au sujet de son échantillon test. Il est lourd l’ordi. Il est large aussi. Il n’est pas mis à jour régulièrement. Il a l’âge d’au moins 37 papillons, si on considère qu’un papillon vit en moyenne 45 jours. C’est bien plus que le jour de vie unique que l’on prête aux papillons dans les poèmes du collège.

17) Je crois qu’on veut nous faire croire que la vie est courte.

18) En voulant écrire « courte », j’ai d’abord tapé « croute ». C’est peut-être un signe.

19) Sur son répondeur téléphonique, un ami dit : […] merci de laisser vos coordonnées afin que je puisse vous rappeler. Pour information, cette messagerie n’est consultée que deux fois par jour. Une première fois en fin de matinée, une dernière en fin d’après-midi.

MOI (agacé, ayant cherché à le contacter durant 2 heures) : Mon pote, pour te joindre toi c’est quand tu veux ! Tu réponds jamais.

LUI : Ben… c’est pas le but du téléphone ? Choisir quand tu veux être dispo ?

20) Depuis, je mets régulièrement mon téléphone en mode hors-ligne. Par peur de louper les signes.

21) Dans la rue, si on m’appelle je fais quoi ? Je n’aime pas que l’on crie mon prénom dans la rue. Les gens autour n’ont pas à savoir. Sauf en cas de malaise. De ma part.

22) Il y a un poids qui me regarde à travers la vitrine. Alors je change de trottoir. Une épaisseur m’enlace quand je mets mon pull. Comme une odeur de « tiens celui-là je te le fais à moitié prix car c’est celui-là que je veux que tu portes ». Ou que j’achète.

23) Je songe parfois à sortir le dimanche matin pour me poster au pied d’un feu de signalisation. Lorsque celui-ci passerait au rouge, je tenterais de le faire passer au vert en bondissant de tout mon poids sur le bitume à l’endroit où se trouve le capteur qui détecte la masse des voitures. L’endroit du goudron qui porte une cicatrice. Comme une butte. Un tumulus en travers de la rue.

24 a) Il m’arrive de voir des tumulus en ville.

24 b) Se mettre au vert.

24 c) Va falloir essayer pour voir si ça marche.

25) « Ils se pensaient contaminés parce qu’ils avaient marché sur un crapaud ou une salamandre. Alors ils ont tenté de se guérir avec des pierres. Forcément ça a marché puisqu’ils n’avaient rien. D’où le pouvoir de guérison que l’on prête à certaines de ces pierres. »

Pour une débénabarisation du quotidien, les origines

Cher visiteur du présent,

Tout d’abord, je te présente un lien http://gregoiredamon.hautetfort.com
Celui du blog de Grégoire Damon, poète born in the 80’s que je croise à L-Town (Lyon). By the way, je te recommande son recueil Mon vrai boulot édité en 2013 par Le Pédalo ivre, maison dont j’apprécie particulièrement certains des ouvrages de la collection « poésie ».

Suite à quelques mails échangés, Grégoire et moi, et à une conversation que nous avons eue le mois dernier, au comptoir du Périscope, au sujet de la nécessité d’intégrer la notion de « mouche-bébé » dans la poésie au/du 21e siècle et de la considérer comme un enjeu poétique majeur, Grégoire m’a invité à compléter une toute nouvelle liste qu’il a nommée « POUR UNE DÉBÉNABARISATION DU QUOTIDIEN ». Parler du quotidien sans faire du Bénabar. Ou de la poésie sociologique.

Cette semaine Grégoire a posté sur son blog une première note qui éclaire sur les origines et les intentions qu’il donne à ce vaste chantier.

Personnellement, je vois dans la « DÉBÉNABARISATION DU QUOTIDIEN », une tentative d’atteindre le dark side of the tartine du p’tit dèj’. Sa face B. Faire avec ce qu’on a de beurre sous l’ongle pour voir plus profond, se donner l’ambition de ses échecs ou bien m’enlever des yeux les putains de lunettes 3D qu’on m’a greffées à la naissance… Le quotidien, ne pas tenter d’en faire l’étude.

Voyons cette liste comme l’amorce d’une discussion en ligne. Tu pourras, cher visiteur, la suivre dans la nouvelle catégorie que j’inaugure à mon tour sur ce blog. Je ne te promets aucune formule, aucune fréquence ou régularité à part celles que la vie nous impose au jour le jour ainsi que celles qu’on arrive à lui arracher de force. Et si ça se trouve ça deviendra tout le contraire de ce qu’on souhaitait en faire. Ma contribution pourrait même s’arrêter ici. On se promet rien, hein, tu l’auras compris. « Et ça ira où ça voudra aller » comme l’écrit Grégoire.

Je t’invite enfin, cher visiteur, à lire les premières propositions dans les prochaines notes.

JE DANSE (extrait d’un manuscrit en cours de rédaction)

Je danse la sueur.

Elle s’écoule du trou large de l’Histoire. Années d’impuretés bavent, dérapent et toboggandent du bas vers le haut. Raclent tout sur leur passage. Chalutent. Années d’impuretés à plonger corps aveugle dans les crues. Eponger travail, filles, famille, errances, hontes, joies, réussites, gloires, amitiés, amanteries, fluides de quelconques rapports, gueules de bois, tournois sportifs, scènes et concerts, poèmes perdus. Chercher à plaire – années à se taire. Perdre pour ne pas attirer l’attention. Années camisoles. La sueur aujourd’hui danse, bout, sexe en arabesque. Elle s’étire. Renouveau giclé. Les cheveux flottent comme l’étendard. Crachats punchlines fécondes. Années qui forcent la fissure. Péter le barrage d’un clignement, d’une balade matinale. Revoir son habituel parcours d’un autre angle. Virgule après virgule. Singulier jusqu’à la morve. Pas après pas. Avec l’impression de marcher dans des pieds neufs. Années bombonne de gaz, compressées dans le corps maladroit du comme il faut. Hésitant. Trébuchant. Sueur jusqu’à présent stalactites figées. Pointues. Mortelles. Menaces aiguisées qui jusqu’à aujourd’hui surplombaient la route. La route pff ! Même pas. Le sentier. Stalactites de sueur tout autour. Être grand et mince à l’étroit dans mâchoire de S.S. (stalactite de sueur). Années ardoise graffée à la craie. Dette de malade. Fuite de sueur qui danse, asperge, provoque coulures et qui efface. Années qui s’extirpent. Le chant de mille pétards à l’unisson. Démolition d’une barre d’immeuble. Ballon qui pète dans les mains d’un enfant. Orgasme de bulldozer. Rot de dinosaure. Iceberg qui se scinde. Années qui s’extirpent dans le tonnerre intime. Le silence d’une foudre exigeante. Années qui s’extirpent par le trou du cul de la lorgnette. Années qui s’extirpent par les pores. Par les pores. Par les pores. Années qui fuient. Boat-people à Haïti. Barque au large de Pompéi. Années macérées dans le pus d’un furoncle perché sur un cul. Les doigts de la nécessité le pince. Le pus s’agglutine sous la peau. Grossesse à terme quand le bébé pousse avec les pieds. Le bouton rougit. Magenta éclatant tandis que son centre blanchit. Un monticule apparaît. La peau retient tout pour l’instant. On repositionne les doigts de part et d’autre du volcan. On pince plus fort. Fort. Fort. La peau ne tiendra pas longtemps. On imagine les animaux faire leur valise. On sent qu’un magma cherche à percer les strates. Ça s’insinue dans chaque cavité que la peau souhaite bien ouvrir. Ça recèle de grottes décorées d’inscriptions anciennes. Ça monte en pression. Quand enfin. Lave, pus, années, sueur se défenestrent. Jaillissent d’une peau banquise craquant sous les premiers rayons d’été. Il nous est donné à voir le surgissement d’un mouvement ancestral. La curiosité déterre l’infection. On a raison d’aller voir sous les furoncles. D’explorer les furoncles. Percer des carottes dans la peau. Prélever des échantillons. Lécher le reste de pus saignant que l’on a au bout de l’ongle.

_ _

Emanuel Campo, 2013. extrait d’un manuscrit qui prendra son temps.

Claudine GALEA – Au bord

« … je pense que je ne pouvais pas écrire ce texte pour un homme je pense que les hommes ne m’arrêtent pas je pense que sur l’ensemble des photographies parues dans le Washington Post et reproduites dans Le Monde c’est la photographie avec la femme et la laisse qui m’a arrêtée je pense que c’est plus la femme que la laisse qui m’a arrêtée je pense qu’un homme avec une laisse et au bout de la laisse une femme ou un homme ne m’aurait pas arrêtée je pense que les hommes ont assouvi leur soif à ce sujet le sujet de la brutalité du pouvoir de l’esclavage de l’humiliation du meurtre je pense que la soif de baiser l’humanité de l’enculer n’est pas assouvie je pense que les femmes ont assouvi leur soif d’images d’hommes tenant en laisse les femmes je pense que les femmes  n’ont  pas assouvi leur désir d’étreindre des femmes et de les posséder… »

Caudine Galea, extrait de Au Bord, Editions Espaces 34, 2010.

 

[Merci à C. d’avoir laissé ce livre chez moi].