La vie en somme

puis j’ai déboutonné mon pantalon devant l’urinoir
et j’ai tout lâché.

C’tait bon
Tellement bon
Je sentais
Ah ouais
Mon urine glisser avec force contre les parois de mon urètre
L’idée m’a traversé de m’inscrire à un club de surf
Je sentais en moi quelque chose
Partir. Je sentais
Une légèreté inédite m’envahir. Une sensation
De prendre un nouveau départ
La vie en somme
Le prix de toute chose.

J’étais juste
En train de pisser.
Mais quelle pissade !

Dehors le jour
Moi au sous-sol de ce musée. Jamais
Je n’avais amassé autant de toxines en deux heures de visite.

_ _

E.C. avril 2018.

Les pages 72 et 74 de “Soleil plouc” de Laurent Bouisset, éd. Le Pédalo ivre

Il y a des pages qui nous rappellent cette réplique culte de Jurassic Park – un truc du genre “ne bougez pas, sa vue réagit aux mouvements”

Il y a des pages qui nous fixent tout net

Qui feraient se pisser dessus n’importe quel petit malin

Qui feraient se pisser dessus notre personnalité cachée (la 2e au fond à gauche)

Qui stopperaient en moins de deux un troupeau de gnous face à des lionnes

Des pages qui nous rappellent que toutes les deux heures “la pause s’impose”

Des pages qui valent 100 panneaux STOP

Des pages vitrines de grands magasins

Des pages promo pour prolo

Des pages arrêt sur image – on va se mater le ralenti une deuxième fois

Des pages Années qui reviennent en pleine face

Des pages à en faire pleurer la nostalgie

Des “pa pa pa passio passe passe”  pages des pages d’orthophonie

Bref, nous lisions tranquillement un livre de poésie en mode vitesse de croisière OKLM

La même vitesse dans laquelle on s’enlise parfois

On lit sans faire attention à ce qu’on lit

Les pages défilent

Les poèmes aussi

Sans parler de l’esprit qui divague

Vague…

On pense à autre chose

Merde j’ai pas oublié de ?

Ou peut-être que Julien m’a…

Cet état qui nous fait revenir quelques pages en arrière quand là j’comprends plus rien à ce que je suis en train de lire

Mais. Dans cet état-là, seules des pages spécialement conçues pour nous, peuvent nous recentrer sur l’ici et maintenant

Ce genre de pages qui inspirent des superlatifs ou des phrases comme celles écrites plus haut

Des pages que nous aurions évidemment voulu écrire nous-même, pour nous-même et pour le monde entier

Des pages qui – au fond nous touchent tellement, qu’on aurait peut-être pu quelque part les écrire nous-même

Mais quelqu’un d’autre s’en est chargé

Les pages 72 et 74  du recueil Soleil plouc de Laurent Bouisset aux éditions Le Pédalo ivre sont de celles-là.

12 €. À commander-acheter ici.

La page 72 de “Soleil plouc” de Laurent Bouisset, éd. Le Pédalo ivre, 2018
La page 74 de “Soleil plouc” de Laurent Bouisset, éd. Le Pédalo ivre, 2018

 

Un poème de Perrin Langda

Surprise de la semaine.  Perrin Langda publie sur son blog un poème mettant en jeu pas mal de poètes que vous devriez connaître si vous visitez régulièrement mon blog… Merci à lui de faire exister la légende.

 

Héraults
of the mythes
and magiques



Y’a
quatre mois
j’ai monté
une armée de poètes
pour protéger le monde
en voici la composition
en avant-première
Grégoire
d’Armor
première ligne
guerrier berserker nain
pourfendeur d’aristos
gros bourrinage à la hache
gros bouclier pour encaisser
poèmes de guerre terrifiants
semant la panique chez l’ennemi
assez roublard pour extorquer
des réductions aux marchands
d’armes ensuite
Frédérick
Houdaheur
guerrier-mage demi-orc
bourrin mais également
lanceur de sorts à l’épée longue
donneur de claques et d’illusions
spécialisé dans le sauvetage de dames
qui ont surtout besoin d’être sauvées
du poète de leur quotidien
et éditeur de parchemins
ça peut servir
puis
Emanuel
Grande-peau
géant des neiges
moine du soleil
capable d’écraser
l’adversaire à mains nues
après lui avoir envoyé
deux petits lutins facétieux
pour lui ronger les nerfs
en une danse
maléfique
voilà
pour les
costauds
après on a
Perrin
Langue
d’Ac
(c’est
moi)
barde
homme à tout faire
toujours d’accord
si faut cogner les mots y cogne
si faut piéger une phrase y piège une phrase
si faut vider les poches des honnêtes gens y vide leurs poches
si faut lancer des métaphores de flammes y lance des métaphores de flammes
si faut plomber l’ambiance avec des chansons tristes y plombe l’ambiance
puis viennent les troupes
à distance d’abord
Pénélope
Gore
archère
elfique
sans arc
aux flèches
trempées
dans le
poison
des cieux
qui font
mouche
une
seule
fois
par
jour
ensuite
Heptanès
Fracturion
golem d’argile prêtre des rues
invocateur de zombies punks à chiens
le type qui joue à coller des incantations
sur les enseignes de l’ennemi
pour panser
les passants
et pour finir
Lorenzo
Bouhissé
sorcier
vaudou
provocateur d’hallus
dresseur d’iguanes
ayant bien traversé
cent contrées inconnues
pour en ramener d’obscures
formules
magiques
et si ça
suffit pas
on invoquera
le capitaine Sapin
pour qu’il anéantisse
toute résistance
sur son croiseur
stellaire
voilà
voilà
y’a
quatre mois
j’ai monté
une armée de poètes
dans un jeu vidéo
du coup j’écris plus
trop

Fast-Food de Grégoire Damon

Aujourd’hui sort en librairie Fast-Food, le nouveau roman de Grégoire Damon dans la collection Qui Vive chez Buchet-Castel, un éditeur “qu’il est bon d’en être” quand on sait le bon nombre de bons écrivains que cette maison a fait connaître. Je partage son bonheur aujourd’hui et m’en vais filer au drive le plus proche pour me prendre un menu.

Derrière les comptoirs de Meecoy, les équipiers vivent au rythme des départs, des arrivées, des disparitions et des micro-révolutions.

Greg astique la friteuse, nourrit le toaster, fait des pauses-clope et observe ses contemporains. Flanqué de Jack le parano, Ed la grande gueule, Croquette le clown et Graf le petit con tatoué, il réussirait presque à déjouer les ruses du nouveau management. Jusqu’à ce que celui-ci dévoile toute sa risible cruauté.

Alors, le grand capital pourrait-il s’abolir dans un happening ? Ou faut-il avoir recours aux deux seules armes qui ont fait leurs preuves : l’humour et la poésie ?

Un roman tendre comme un steak, tranchant comme un sabre de samouraï.

« D’ailleurs on finira par disparaître. Le progrès est en marche. […] Un jour, ils inventeront la restauration rapide sans équipier. Le client arrivera devant un écran, il appuiera sur des touches, la machinerie se mettra en route, et en deux minutes il aura son menu avec supplément mayo. On est la dernière génération. C’est le moment ou jamais de s’amuser un peu. »

Blog de l’auteur : http://gregoiredamon.hautetfort.com/

 

Je sais plus comment m’habiller

Poème écrit pour le groupe Facebook de la revue Métèque.

Je sais plus comment m’habiller.

Je sais plus alors je
Crie du train arrière
Saute de main en main
Cheveux sur tête dressée
En alerte jusqu’à la couenne.
Je déambule dingue devant la nation télévisée en pointant :
« toi t’es con, toi t’es con, toi t’es con, toi t’es conne, toi t’es con etc. ».

Perdu devant tant de visions multiformes, errer devient mon verbe de résidence.
Et rien n’est doux
Et rien n’est molletonné
À part le papier recyclé
Et rien n’est facile quand ça cherche
Et rien
N’est pas la meilleure façon de faire
Et de dire
Alors je cherche une appli qui puisse me choisir
La meilleure chemise pour affronter les minutes à venir
Et c’est
Là que me viennent à l’unisson la sirène d’un camion
De pompier, le bruit de la perceuse
Du voisin et les cris d’un fils qui pleure.
Tiens, un fils qui pleure…
Il crie…
Je crie…
Nous crions ensemble… BING (signal sonore m’informant de l’irruption d’une idée)
« Montons un groupe ! »
Je serai au chant
Et toi tu confectionneras mes costumes
Et on… Et merde j’ai le poème qui part en patte d’eph. J’avais pourtant bien commencé
Avec mes vers libres d’un temps déjà ancien. Les vers libres sont déjà vieux et je pars ailleurs
Un slip en peau de paille sur la tête
Postuler à une mission d’audit client mystère
Qui consisterait à contrôler anonymement l’activité du réseau
Et finir comme ça
Sans projet
Sans lecture
Eunuque et décapité
Sans queue ni tête.
Nu.

_ _

E.C. 05/04/2018.

Light Spirit de la compagnie des Lumas

Un grand bravo à l'équipe de "Light Spirit" !! #LightSpirit #oullins #Renaissance

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L’équipe du spectacle Light Spirit / compagnie des Lumas. C’était au théâtre de la Renaissance, mars 2018, Oullins (69). De gauche à droite : Julie Binot, Éric Massé, Céline Déridet, Jules Trémoy, Emanuel Campo.

“Maison. Poésies domestiques” dans CCP (cahier critique de poésie)

Comme on dit, jamais deux sans trois.
Voici une troisième critique consacrée à la réédition revue et augmentée de Maison. Poésies domestiques (éd. la Boucherie littéraire) publiée la semaine dernière dans la revue CCP (cahier critique de poésie). Celle-ci s’attache au sujet phare du recueil, à savoir la filiation et la transmission. L’auteur de l’article, Bertrand Verdier, cite la phrase, selon moi, la plus importante du recueil « Retenez que l’on peut choisir d’où l’on vient. »
Véritable inspecteur des travaux finis ou fouilleur des internets, l’auteur ouvre l’article sur un extrait de texte du spectacle Light Spirit de la compagnie des Lumas dont j’ai écrit certains passages.

Article à retrouver ici sur le site de CCP.

 

« pendant toute cette nuit, ses paroles et ses actions
avaient eu constamment le plus sublime caractère »
Germaine de Staël : Delphine

passionnément aimante je
t’aime1 je t’aime passionnément
je t’ai je t’aime passionné né
Ghérasim Luca : Passionnément

Je t’ai
Je t’aime
Je t’aime plus
Je te l’aime plus
Emanuel Campo : Light Spirit

S’appesantir sur l’étymologie indo-européenne de *domus, confirmerait que ces « poésies domestiques » puissent signifier vers la nécessaire liberté de choix de filiation, par-delà engendrements et transmissions. Le poème inaugural, autopsie, que concluent les vers : « Rien de rien. // Votre fils est moyen » (p. 9), forme en effet symétrie avec le texte conclusif, Vous venez d’avoir trois ans, où l’autopsié, devenu père, prône à sa progéniture : « Retenez que l’on peut choisir d’où l’on vient » (p. 60). Maison de fait constitue un récit2 d’apprentissage, du fils moyen au dominus qui se reconnaît à ses enfants : « un jour j’accepterai que nous n’ayons pas les mêmes ancêtres. / Vous aurez les vôtres à choisir, à renier, à construire » (p. 60).
Ouvrir donc le choix d’où venir.3 Le pas seulement humoristique poème : – Ce sont de vrais jumeaux ?, s’en porte notablement garant en la réponse : « Juste un, l’autre est en résine. Mais les deux sont de la même mère » (p. 48). Cette liberté se nécessite aussi d’antithétiques parents niant un fils devenue femme : « Y a-t-il des parents à ce stade de la pensée / ils ont annulé l’enfant » (p. 53) ; s’ensuit entre le poète et « [s]a meuf », quant à leurs enfants,

« une discussion télépathique.
Tu me dis
j’espère que nous aurons suffisamment de vie
en nous pour accepter leurs choix.
 » (p. 54)

« Suffisamment de vie », c’est-à-dire : ensemble ce qui a lieu dans une « revue de poésie » :

« Je compte lancer une revue
avec dedans avec dedans
un poème de poésie
et de la vie et de la vie » (p. 25)

et ce qu’élabore le domestique vo(ca)tif :

« Ton ventre
respire. Un massage
pour les yeux.

J’ai toute la vie devant toi » (p. 32)

« toi »/« tu », 18 contre-rejets (sur les 73 vers d’Hier soir – p. 37-39) – et un Spasfon – en contresignent la bioticité. La poésie de Maison ainsi s’abreuve a contrario du constat :

« Sans création il y a […]
de la rhétorique plutôt que des mots d’amour
des discours plutôt qu’une histoire. » (p. 55)

Liberté ainsi offerte à chacun.e de venir d’une nuit entre Waldeck-Frankenberg et Villers-Bocage…

Bertrand Verdier

 

“Maison. Poésies domestiques” sur lelitteraire.com

Décidément,
deuxième critique de la semaine (!!!) de mon recueil Maison. Poésies domestiques aux éditions la Boucherie littéraire. Un article à lire ici sur un site que je ne connaissais pas : lelitteraire.com. Merci à l’auteur de se faire l’agent immobilier de ce livre.

Du bio au billot et vice versa

Il n’est pas éton­nant que les Édi­tions de la Bou­che­rie publient un tel livre. Et plus pré­ci­sé­ment dans sa col­lec­tion « Sur le billot » : le texte tranche. Venu ou issu du froid (ce que son nom ne laisse pas pré­voir), l’auteur est franco-suédois et multi-fonctions : il écrit mais est aussi homme de scène. Son livre le prouve : l’auteur, pour jouer dans des vagues de sens et de temps, use de la mise en forme comme méta­phore de mise en scène : police et grain de carac­tère, listes et motifs récur­rents. Le poète y trans­pa­raît. Père, il est aussi enfant de son enfance. Celle où il se bat­tait avec des mots. A l’époque, un « para­doxe alle­mand » était un sup­plice chi­nois. Et cha­cun a connu de tels troubles de la conscience plus que du com­por­te­ment.
Désor­mais, il a décidé de faire le tri dans son lan­gage. Il ne choi­sit que les mots dont il connaît la pro­non­cia­tion et la signi­fi­ca­tion. Ce qui n’est pas tou­jours le cas des poètes – mais ils ne sont pas les seuls : les cri­tiques eux aussi s’emmêlent les pinceaux.

Campo use aussi et sur­tout de l’humour — ce qui est mal vu chez les deux groupes nom­més ci-dessus. L’auteur est du genre à se « perdre dans les trains » et n’aime pas les rails – deux rai­sons d’en vou­loir à la SNCF même en dehors des jours de grève. Mais l’auteur a d’autres buts dans la vie que s’intéresser aux horaires et hor­reurs fer­ro­viaires. Il apprend à sor­tir des tun­nels du sens dans une sac­cade plus de boogie-woogie que bogies (on sait dans l’Ile de France ce qu’elles valent). En un tel mou­ve­ment sonore, ce car­net et cor­ner d’accords de chasse et de désac­cords pro­pose en séquences une suite d’échos, reprises, trous qui creusent la langue.
La trame est sans véri­table chro­no­lo­gie ; se sai­sissent des moments et impasses. Celles-ci pos­sèdent des angles saillants et d’infimes détails qui sondent la pen­sée ou le peu qu’elle est en dépit des efforts de tous les car­té­siens qui décartonnent.

Mais l’équilibre du vivant est là. De guin­gois entre ce qui fut et qui n’est pas encore. C’est sans doute ce qui s’appelle le pré­sent. Il y est — en résumé — ques­tion de tout et du reste entre gra­vité et humour. Et lorsqu’un oli­brius tourne en rond avec un lion à ses basques, l’auteur nous ras­sure : le qui­dam ne craint rien car il a deux tours d’avance sur l’animal.

Jean-Paul Gavard-Perret

“Maison. Poésies domestiques” sur Sitaudis.fr

Plus d’un an après la réédition de mon recueil Maison. Poésies domestiques, le site Sitaudis publie une note de lecture. Merci à l’auteur d’avoir posé son regard, et sur le texte, et sur les éditions la Boucherie littéraire.

L’article entier est à lire ici. Extrait :

Emanuel Campo est un auteur franco suédois, né en 1983 qui vit à Lyon. Il se consacre autant à la page qu’à la scène et travaille avec des musiciens, des metteurs en scène, des poètes en tant qu’auteur, performeur et interprète.

L’auteur dit de ce recueil qu’il est un « flow ». Mais peut-être aussi bien est-ce un fil, un fil tendu entre deux scènes prises sur le vif, deux enfances, celle du « narrateur » et celle de ses jumeaux. Un fil musical avec titres en gras, refrains, listes et motifs récurrents, où il est question du quotidien d’un homme qui devient père, s’interroge sur le sens du monde comme il ne va pas toujours bien, retourne parfois puiser dans son enfance images et anecdotes.

Quand j’étais petit
Je croyais qu’un paradoxe allemand
C’était un genre de supplice chinois.”

 Ces jeux d’associations enfantines, qui reviennent en leitmotiv, résonnent avec la langue de celui qui, devenu adulte, continue à interroger le lien entre sens et sonorités :

Ce matin,

j’en suis à un point où voilà j’emmerde les syllabes et leurs gants de boxe. Je ne veux plus utiliser les mots dont je n’ai pas choisi la prononciation.”

 Il y a enfin, dans ce livre réjouissant qui ne manque pas d’humour, quelques épreuves du travail de poète, aussi bien en animateur d’atelier d’écriture, qu’en lecteur blasé ou auditeur endurant qui feront mouche pour celui ou celle qui s’y reconnaîtra.

Sous la partition affutée, sourd une forme d’intranquillité, une réflexion sur les origines, le couple, les liens, la transmission, dans un équilibre fragile qu’il faut chaque jour et chaque ligne tenir, à l’instar de ce fragment :

Me dis que

L’ordre

Les chiffres bien rangés
l’alphabet tout ça-
a bien des limites

 puisque certaines
personnes arrivent
tout de même à
se perdre dans les trains.

 Comme quoi
tout a beau être
tracé

 on dévie.”

Sarah Kéryna

Guide de la poésie galactique – Sammy Sapin

Me risque à
contempler une éclipse
de livre. Écrit vraisemblablement
après 2269, ce feuilleton mettant en jeu
le réveillé Sapin🎄 raconte au
14e épisode, page 31, que la recrue 🎄
est envoyée en tant que poète
sur la planète Isidore 5
auprès des “mercenaires Pile-Pile qui ne s’arrêtent jamais-jamais”.
Que
va-t-il lui arriver ? Vite tournons la page. C’que j’m’éclate en lisant ce Guide de la poésie galactique, éditions Gros Textes. Vient de paraître.

Guide de la poésie galactique, Sammy Sapin, 2018, 90 p. 14 x 21 cm, 10 € en commande ici.

Tom attend

Tom attend. Pourtant le monde presse. Il faut faire vite. Comme un miroir.

Tom attend que le régisseur l’appelle. C’est bientôt l’heure des balances.

Tom attend, attentif

dans les loges. Les murs sont pleins de stickers.

Tom attend. Un seul chiotte pour deux loges. Les premiers musiciens sont déjà passés par là. Tom essuie la lunette avant de s’asseoir dessus.

Tom attend. Comme des lunettes de soleil dans leur housse. Tout lui passe à trav’ mais Tom

est un peu chafouin cet après-midi. Il n’est pas chaud pour remplir sa fiche SACEM.

Tom attend le bon soir avant de jouer un titre inédit sur scène. Bientôt la fin de la tournée. Cinq nouvelles chansons attendent. Le public aussi les attend. Tom sors des toilettes.

Sur la table basse de la loge, un exemplaire du Figaro se répand. Lascif, le Figaro enjambe discrètement le journal musical local. Tom pense que le Figaro veut se frotter au journal musical local. Tom pense que le Figaro est un frotteur.

Les nouvelles du monde tapent du poing à l’intérieur du Figa’ mais Tom est en tournée. Il plane en tour-bus au-dessus du territoire de son pays. Tom se demande quand même si le journal musical local a bien publié l’annonce du concert de ce soir.

Cette année ya moins de budget. Le tour manager est en contrat aidé. Certains jours les oiseaux volent aussi. En triangle. Ils escortent Tom-le-planeur qui, assis dans une loge devant deux journaux qui s’enfilent, attend que le régisseur l’appelle pour les balances. Tom attend. Tout cela est d’une inutilité sans frontière. Il se dit qu’il sera inutile de se remémorer ce moment. Ce moment où Tom, attend. Peut-être une prochaine chanson. Ce soir, le monde est dans les mains du public. Comme toujours. Les chanteurs ne sont que des chanteurs. Les chansons à trois accords ont toutes déjà été composées. Vérité compte triple. Tom attend. Tom attend. Tom waits.

Nuit de la poésie à Crest

Les poètes et poétesses invité-e-s Anas Alaili (Paris/Palestine), Jean-Baptiste Cabaud (Lyon), Emanuel Campo (Lyon), Hélène Gugenheim (Crest), Tiphaine Veistroffer (Crest), Annabelle Verhaeghe (Marseille).
la plasticienne Anabel Serna Montoya (Marseille/Mexique)
et une invitée mystère

J’ai le plaisir d’ouvrir la marche à 19h au bar associatif chez Eugène, 24 rue Eugène Arnaud. RDV ce vendredi 2 février 2018.

Site officielPage Facebook

 

Thierry J.

Dans le carré de sièges devant moi
quatre cadres
sûrement très dynamiques
discutent fort de l’ambiance dans la boîte.
Ils s’esclaffent
se moquent de leurs clients
commentent bruyamment le travail des équipes
répondent à leurs téléphones…
Apparemment
depuis le licenciement de Thierry J.
tout se passe pour le mieux.
Les chiffres sont bons
et personne ne craint pour sa place.

 

Ils devraient pourtant, craindre
pour leurs places.

 

Puisque à ce moment même
un wagon tout entier
agacé par le bruit
fomente silencieusement un plan
pour venger Thierry J.

_ _

E.C. 12-18/01/2018