“Maison. Poésies domestiques” dans CCP (cahier critique de poésie)

Comme on dit, jamais deux sans trois.
Voici une troisième critique consacrée à la réédition revue et augmentée de Maison. Poésies domestiques (éd. la Boucherie littéraire) publiée la semaine dernière dans la revue CCP (cahier critique de poésie). Celle-ci s’attache au sujet phare du recueil, à savoir la filiation et la transmission. L’auteur de l’article, Bertrand Verdier, cite la phrase, selon moi, la plus importante du recueil « Retenez que l’on peut choisir d’où l’on vient. »
Véritable inspecteur des travaux finis ou fouilleur des internets, l’auteur ouvre l’article sur un extrait de texte du spectacle Light Spirit de la compagnie des Lumas dont j’ai écrit certains passages.

Article à retrouver ici sur le site de CCP.

 

« pendant toute cette nuit, ses paroles et ses actions
avaient eu constamment le plus sublime caractère »
Germaine de Staël : Delphine

passionnément aimante je
t’aime1 je t’aime passionnément
je t’ai je t’aime passionné né
Ghérasim Luca : Passionnément

Je t’ai
Je t’aime
Je t’aime plus
Je te l’aime plus
Emanuel Campo : Light Spirit

S’appesantir sur l’étymologie indo-européenne de *domus, confirmerait que ces « poésies domestiques » puissent signifier vers la nécessaire liberté de choix de filiation, par-delà engendrements et transmissions. Le poème inaugural, autopsie, que concluent les vers : « Rien de rien. // Votre fils est moyen » (p. 9), forme en effet symétrie avec le texte conclusif, Vous venez d’avoir trois ans, où l’autopsié, devenu père, prône à sa progéniture : « Retenez que l’on peut choisir d’où l’on vient » (p. 60). Maison de fait constitue un récit2 d’apprentissage, du fils moyen au dominus qui se reconnaît à ses enfants : « un jour j’accepterai que nous n’ayons pas les mêmes ancêtres. / Vous aurez les vôtres à choisir, à renier, à construire » (p. 60).
Ouvrir donc le choix d’où venir.3 Le pas seulement humoristique poème : – Ce sont de vrais jumeaux ?, s’en porte notablement garant en la réponse : « Juste un, l’autre est en résine. Mais les deux sont de la même mère » (p. 48). Cette liberté se nécessite aussi d’antithétiques parents niant un fils devenue femme : « Y a-t-il des parents à ce stade de la pensée / ils ont annulé l’enfant » (p. 53) ; s’ensuit entre le poète et « [s]a meuf », quant à leurs enfants,

« une discussion télépathique.
Tu me dis
j’espère que nous aurons suffisamment de vie
en nous pour accepter leurs choix.
 » (p. 54)

« Suffisamment de vie », c’est-à-dire : ensemble ce qui a lieu dans une « revue de poésie » :

« Je compte lancer une revue
avec dedans avec dedans
un poème de poésie
et de la vie et de la vie » (p. 25)

et ce qu’élabore le domestique vo(ca)tif :

« Ton ventre
respire. Un massage
pour les yeux.

J’ai toute la vie devant toi » (p. 32)

« toi »/« tu », 18 contre-rejets (sur les 73 vers d’Hier soir – p. 37-39) – et un Spasfon – en contresignent la bioticité. La poésie de Maison ainsi s’abreuve a contrario du constat :

« Sans création il y a […]
de la rhétorique plutôt que des mots d’amour
des discours plutôt qu’une histoire. » (p. 55)

Liberté ainsi offerte à chacun.e de venir d’une nuit entre Waldeck-Frankenberg et Villers-Bocage…

Bertrand Verdier

 

“Maison. Poésies domestiques” sur lelitteraire.com

Décidément,
deuxième critique de la semaine (!!!) de mon recueil Maison. Poésies domestiques aux éditions la Boucherie littéraire. Un article à lire ici sur un site que je ne connaissais pas : lelitteraire.com. Merci à l’auteur de se faire l’agent immobilier de ce livre.

Du bio au billot et vice versa

Il n’est pas éton­nant que les Édi­tions de la Bou­che­rie publient un tel livre. Et plus pré­ci­sé­ment dans sa col­lec­tion « Sur le billot » : le texte tranche. Venu ou issu du froid (ce que son nom ne laisse pas pré­voir), l’auteur est franco-suédois et multi-fonctions : il écrit mais est aussi homme de scène. Son livre le prouve : l’auteur, pour jouer dans des vagues de sens et de temps, use de la mise en forme comme méta­phore de mise en scène : police et grain de carac­tère, listes et motifs récur­rents. Le poète y trans­pa­raît. Père, il est aussi enfant de son enfance. Celle où il se bat­tait avec des mots. A l’époque, un « para­doxe alle­mand » était un sup­plice chi­nois. Et cha­cun a connu de tels troubles de la conscience plus que du com­por­te­ment.
Désor­mais, il a décidé de faire le tri dans son lan­gage. Il ne choi­sit que les mots dont il connaît la pro­non­cia­tion et la signi­fi­ca­tion. Ce qui n’est pas tou­jours le cas des poètes – mais ils ne sont pas les seuls : les cri­tiques eux aussi s’emmêlent les pinceaux.

Campo use aussi et sur­tout de l’humour — ce qui est mal vu chez les deux groupes nom­més ci-dessus. L’auteur est du genre à se « perdre dans les trains » et n’aime pas les rails – deux rai­sons d’en vou­loir à la SNCF même en dehors des jours de grève. Mais l’auteur a d’autres buts dans la vie que s’intéresser aux horaires et hor­reurs fer­ro­viaires. Il apprend à sor­tir des tun­nels du sens dans une sac­cade plus de boogie-woogie que bogies (on sait dans l’Ile de France ce qu’elles valent). En un tel mou­ve­ment sonore, ce car­net et cor­ner d’accords de chasse et de désac­cords pro­pose en séquences une suite d’échos, reprises, trous qui creusent la langue.
La trame est sans véri­table chro­no­lo­gie ; se sai­sissent des moments et impasses. Celles-ci pos­sèdent des angles saillants et d’infimes détails qui sondent la pen­sée ou le peu qu’elle est en dépit des efforts de tous les car­té­siens qui décartonnent.

Mais l’équilibre du vivant est là. De guin­gois entre ce qui fut et qui n’est pas encore. C’est sans doute ce qui s’appelle le pré­sent. Il y est — en résumé — ques­tion de tout et du reste entre gra­vité et humour. Et lorsqu’un oli­brius tourne en rond avec un lion à ses basques, l’auteur nous ras­sure : le qui­dam ne craint rien car il a deux tours d’avance sur l’animal.

Jean-Paul Gavard-Perret

“Maison. Poésies domestiques” sur Sitaudis.fr

Plus d’un an après la réédition de mon recueil Maison. Poésies domestiques, le site Sitaudis publie une note de lecture. Merci à l’auteur d’avoir posé son regard, et sur le texte, et sur les éditions la Boucherie littéraire.

L’article entier est à lire ici. Extrait :

Emanuel Campo est un auteur franco suédois, né en 1983 qui vit à Lyon. Il se consacre autant à la page qu’à la scène et travaille avec des musiciens, des metteurs en scène, des poètes en tant qu’auteur, performeur et interprète.

L’auteur dit de ce recueil qu’il est un « flow ». Mais peut-être aussi bien est-ce un fil, un fil tendu entre deux scènes prises sur le vif, deux enfances, celle du « narrateur » et celle de ses jumeaux. Un fil musical avec titres en gras, refrains, listes et motifs récurrents, où il est question du quotidien d’un homme qui devient père, s’interroge sur le sens du monde comme il ne va pas toujours bien, retourne parfois puiser dans son enfance images et anecdotes.

Quand j’étais petit
Je croyais qu’un paradoxe allemand
C’était un genre de supplice chinois.”

 Ces jeux d’associations enfantines, qui reviennent en leitmotiv, résonnent avec la langue de celui qui, devenu adulte, continue à interroger le lien entre sens et sonorités :

Ce matin,

j’en suis à un point où voilà j’emmerde les syllabes et leurs gants de boxe. Je ne veux plus utiliser les mots dont je n’ai pas choisi la prononciation.”

 Il y a enfin, dans ce livre réjouissant qui ne manque pas d’humour, quelques épreuves du travail de poète, aussi bien en animateur d’atelier d’écriture, qu’en lecteur blasé ou auditeur endurant qui feront mouche pour celui ou celle qui s’y reconnaîtra.

Sous la partition affutée, sourd une forme d’intranquillité, une réflexion sur les origines, le couple, les liens, la transmission, dans un équilibre fragile qu’il faut chaque jour et chaque ligne tenir, à l’instar de ce fragment :

Me dis que

L’ordre

Les chiffres bien rangés
l’alphabet tout ça-
a bien des limites

 puisque certaines
personnes arrivent
tout de même à
se perdre dans les trains.

 Comme quoi
tout a beau être
tracé

 on dévie.”

Sarah Kéryna

Guide de la poésie galactique – Sammy Sapin

Me risque à
contempler une éclipse
de livre. Écrit vraisemblablement
après 2269, ce feuilleton mettant en jeu
le réveillé Sapin🎄 raconte au
14e épisode, page 31, que la recrue 🎄
est envoyée en tant que poète
sur la planète Isidore 5
auprès des “mercenaires Pile-Pile qui ne s’arrêtent jamais-jamais”.
Que
va-t-il lui arriver ? Vite tournons la page. C’que j’m’éclate en lisant ce Guide de la poésie galactique, éditions Gros Textes. Vient de paraître.

Guide de la poésie galactique, Sammy Sapin, 2018, 90 p. 14 x 21 cm, 10 € en commande ici.

Tom attend

Tom attend. Pourtant le monde presse. Il faut faire vite. Comme un miroir.

Tom attend que le régisseur l’appelle. C’est bientôt l’heure des balances.

Tom attend, attentif

dans les loges. Les murs sont pleins de stickers.

Tom attend. Un seul chiotte pour deux loges. Les premiers musiciens sont déjà passés par là. Tom essuie la lunette avant de s’asseoir dessus.

Tom attend. Comme des lunettes de soleil dans leur housse. Tout lui passe à trav’ mais Tom

est un peu chafouin cet après-midi. Il n’est pas chaud pour remplir sa fiche SACEM.

Tom attend le bon soir avant de jouer un titre inédit sur scène. Bientôt la fin de la tournée. Cinq nouvelles chansons attendent. Le public aussi les attend. Tom sors des toilettes.

Sur la table basse de la loge, un exemplaire du Figaro se répand. Lascif, le Figaro enjambe discrètement le journal musical local. Tom pense que le Figaro veut se frotter au journal musical local. Tom pense que le Figaro est un frotteur.

Les nouvelles du monde tapent du poing à l’intérieur du Figa’ mais Tom est en tournée. Il plane en tour-bus au-dessus du territoire de son pays. Tom se demande quand même si le journal musical local a bien publié l’annonce du concert de ce soir.

Cette année ya moins de budget. Le tour manager est en contrat aidé. Certains jours les oiseaux volent aussi. En triangle. Ils escortent Tom-le-planeur qui, assis dans une loge devant deux journaux qui s’enfilent, attend que le régisseur l’appelle pour les balances. Tom attend. Tout cela est d’une inutilité sans frontière. Il se dit qu’il sera inutile de se remémorer ce moment. Ce moment où Tom, attend. Peut-être une prochaine chanson. Ce soir, le monde est dans les mains du public. Comme toujours. Les chanteurs ne sont que des chanteurs. Les chansons à trois accords ont toutes déjà été composées. Vérité compte triple. Tom attend. Tom attend. Tom waits.

Nuit de la poésie à Crest

Les poètes et poétesses invité-e-s Anas Alaili (Paris/Palestine), Jean-Baptiste Cabaud (Lyon), Emanuel Campo (Lyon), Hélène Gugenheim (Crest), Tiphaine Veistroffer (Crest), Annabelle Verhaeghe (Marseille).
la plasticienne Anabel Serna Montoya (Marseille/Mexique)
et une invitée mystère

J’ai le plaisir d’ouvrir la marche à 19h au bar associatif chez Eugène, 24 rue Eugène Arnaud. RDV ce vendredi 2 février 2018.

Site officielPage Facebook

 

Thierry J.

Dans le carré de sièges devant moi
quatre cadres
sûrement très dynamiques
discutent fort de l’ambiance dans la boîte.
Ils s’esclaffent
se moquent de leurs clients
commentent bruyamment le travail des équipes
répondent à leurs téléphones…
Apparemment
depuis le licenciement de Thierry J.
tout se passe pour le mieux.
Les chiffres sont bons
et personne ne craint pour sa place.

 

Ils devraient pourtant, craindre
pour leurs places.

 

Puisque à ce moment même
un wagon tout entier
agacé par le bruit
fomente silencieusement un plan
pour venger Thierry J.

_ _

E.C. 12-18/01/2018

2017 en musique

Quelques extraits de cette superbe année musicale 2017. Il me faudra encore 2018 pour tout découvrir…
– Future “Mask Off” https://youtu.be/xvZqHgFz51I
– Kendrick Lamar “Humble” https://youtu.be/tvTRZJ-4EyI
– Damso “Macarena” https://youtu.be/GGhKPm18E48
– Médine “Grand Paris” https://youtu.be/6sfVkZYIyik
– Lomepal “Ray Liotta” https://youtu.be/alrzXcivc0Q
– Lomepal “Yeux disent” https://youtu.be/FmUDe7P0fzg
– Roméo Elvis “Drôle de question” https://youtu.be/n3Gtj7Mcw_g
– Caballero & JeanJass “Sur Mon Nom” https://youtu.be/w0na7OG-16A
– A Tribe Called Quest “Dis Generation” (album de 2016, mais clip de 2017) https://youtu.be/kQaSDJYwdh4

Gaspard de la Nuit (extrait)

« – Faites-moi grâce de vos malignités, et dites-moi où est M. Gaspard de la Nuit.
– Il est en enfer, supposé qu’il ne soit pas ailleurs.
– Ah ! je m’avise enfin de comprendre ! Quoi ! Gaspard de la Nuit serait ?…
– Eh ! oui… le diable !
– Merci, mon brave ! … Si Gaspard de la Nuit est en enfer, qu’il y rôtisse. J’imprime son livre. »

Louis “Aloysius” Bertrand (1807-1841), Gaspard de la Nuit, 1842.

Je cœur New York

14 août 2009

 

Je visitais le sommet du Rockefeller Center
quand soudain je réalise que c’était le jour
du premier anniversaire de la mort de Mémé.
L’altitude peut-être.

 

J’étais haut.
Il en fallait pas plus
pour croire en la force mystique du moment
et le tourner en rite d’initiation.

 

Je sors de ma poche un porte-clés à l’effigie de Dijon
puis le brandis de tout mon vertige au-dessus de Central Park.
Je suspends ce jour-là mon quartier d’enfance bien plus haut que l’East Village.

– –

Extrait du recueil inédit Auberge de jeunesse.

La poésie, ça sera toujours mieux maintenant

 « Écrire c’est creuser un puits pour en remplir un autre. »
Thomas Vinau, Les Derniers seront les derniers, éditions Le Pédalo ivre, 2012.
« Écrire c’est répondre aux questions que personne ne vous pose. »
Jean-Pierre Georges, L’Éphémère dure toujours, éditions Tarabuste, 2010.

La poésie est ce que chacun en fait. Chaque époque créé les formes poétiques qui lui sont nécessaires. En ce sens, j’attends d’un poème qu’il soit évident et pertinent pour celui ou celle qui l’écrit ou le lit, mais surtout qu’il soit ancré dans une contemporanéité, plutôt que dans une recherche de forme ou de continuité d’un quelconque courant poétique. La poésie, ça sera toujours mieux maintenant.

Il y a des évidences et des choix qui s’imposent avant l’écriture. Cela exige de se poser la question : quelle poésie pour aujourd’hui ? Pour ma part, j’ai fait mes choix. En poésie, ne jamais dominer l’autre. Le lecteur, le voisin. La poésie doit exclure toute forme de domination culturelle et sociale par le langage. Ne pas chercher à convaincre. J’aime quand le poème témoigne d’une vérité, pas d’une conviction. Qu’il fasse l’inventaire. L’état des lieux avant de signer le bail. La poésie est le contraire de la rhétorique. Pas de bling-bling ou de grandiloquence. Pas de coup de marteau en trop. Elle n’est pas la langue des médias. Elle est une alternative au déterminisme. Elle me permet de choisir d’où je viens et comment je le dis. Néanmoins, j’aime quand la poésie est ancrée dans la réalité et le contexte social du poète. Quand elle me confirme ce que j’ai au fond de la tasse tous les matins ou qu’elle change ma perception d’une situation. Je ne lis pas et je n’écris pas pour m’évader. Il y a la vraie vie pour ça.

Écrire de la poésie est pour moi autant récréatif que nécessaire. Récréatif, dans le sens où je ne me force pas à écrire. Nécessaire car ça me permet de réajuster ce que j’ai manqué de formuler ou d’accomplir dans la vraie vie. Elle me permet de rectifier le tir ou d’amplifier un geste.

Mon écriture se nourrit du langage parlé. La publication n’est pas une étape mais un autre parcours. Je veux continuer à publier, mais je n’écris pas dans le but de publier. La publication n’est qu’une des suites possibles. C’est l’after work ou l’happy hour. Publier c’est construire un livre. Mais avant de construire, faut bien se trouver des briques. Trouver des briques, c’est un peu comme écrire des poèmes.

En ce moment, j’écris peu de poésie. Très peu. Je ne me force pas. N’aime pas l’effort. Écrire beaucoup pour garder peu, pas mon truc. Préfère ne pas trop écrire. Plutôt attendre le bon moment et me satisfaire de tout sauvegarder dans un fichier. Je ne jette pas. Ou si peu. Plutôt, je reformule. Je reformule constamment. Constamment j’aime garder. Même les bribes. Les amorces. Elles pourront peut-être servir.

 

Emanuel Campo.
Lyon, août 2017 – revu en décembre 2017.

Sur France 3

Interview et extraits de mon recueil “Maison” (éd. La Boucherie littéraire) dans ce sujet France 3 Auvergne-Rhône-Alpes-Grenoble consacré au festival de poésie Gratte-Monde de la Maison de la poésie Rhône-Alpes.

Merci à Katia Bouchoueva de la Maison poésie Rhône-Alpes et au journaliste Damien Borrelly.

Lien vers la page originale.

“Je danse” publié dans Bacchanales n°57 sport et poésie

Photo : Emanuel Campo
Photo : Emanuel Campo

Quel lien entre sport et poésie? “aucun” nous direz-vous.
Or, la poésie est là pour créer des liens entre les continents souvent opposés ou supposés comme tels.

Sport et poésie. Ces deux univers, de prime abord, semblent éloignés. Mais pas tant que ça, si on s’y penche un peu. Quels liens peuvent exister entre sport et poésie ? La poésie, est-ce un sport de combat et de résistance ? Le sport, est-ce une expérience créative du corps en mouvement ?

Et voilà que le nouveau numéro de la revue Bacchanales vient de sortir — tout beau, tout chaud…

53 poètes, 53 voix fortes, singulières, musclées, sobres et lumineuses – ont répondu présents.
avec la complicité de l’artiste Cécile BEAUPÈRE
http://cecile-beaupere.odavia.com/

Au sommaire : Dominique Sorrente, Bernard Chambaz, Claude Ber, Franck Venaille, Sophie Berckelaers, Marc-Henri Arfreux, Simon Attia, Brigitte Baumié, Lionel Bourg, Vincent Calvet, Emanuel Campo, Fanny Chiarello, Antoine Choplin, Sandrine Cnudde, Bruno Danjoux, Aurélien Delsaux, Jean-Luc Despax, Milan Dezinsky (République tchèque), Irina Dopont, Rolf Doppenberg (Suisse), François-Xavier Farine, Jean-Marc Flahaut, Jack Forbes (États-Unis), Gérard Gâcon, Sylvie Gier, Jacques Goorma, Fred Griot, Catherine Jarett, Cathy KO, Lionel Lathuille, Mélanie Leblanc, Claudie Lenzi, Cédric Lerible, Monique Lucchini, Mohamed Mahiout, Patrice Maltaverne, France Mongeau (Canada, Québec), Justine Murray, Roland Nadaus, Samira Negrouche (Algérie), Diane Regimbald (Canada, Québec), Thierry Renard, Florentine Rey, Patrick Sirot, Olina Stehlikova (République tchèque), Robert Sullivan (Nouvelle-Zélande), Apirana Taylor (Nouvelle-Zélande), Antonio Te Maioha (Nouvelle Zélande), Laura Tirandaz, Marlène Tissot, Michel Thion, Georgiana Valoyce-Sanchez (États-Unis), Joël Vernet.

Commander la revue :
https://www.maisondelapoesierhonealpes.com/edi…/bacchanales/

Festival Gratte-Monde 2017, Isère.

Je suis invité à la 22e édition du festival Gratte-monde de la Maison de la poésie Rhône-Alpes en compagnie des poètes et écrivains  Samira Negrouche (marraine), Bernard Chambaz (parrain), Florentine Rey, Fred Griot, Dimitri Porcu, Sandrine Cnudde, Claudie Lenzi, Cédric Lerible, Aurélien Delsaux, Jean-Luc Despax, Pierre Soletti, Laura Tirandaz, Joël Vernet, Brigitte Baumié, Simon Attia, Lionel Bourg, duo Minio/de Féline, Anne-Marie Pascoli, Isabelle Oed, Antoine Choplin, duo Minio/de Féline…

Site de la Maison de la poésie Rhône-Alpes : www.maisondelapoesierhonealpes.com
Page Facebook

La forteresse – ILIMITROF CPG

Voici quelques images du spectacle franco-chinois “La Forteresse” auquel j’ai participé en tant que co-auteur et qui a été créé le mois dernier au festival de Wuhzen en Chine.

“Maman t’apprendra à vivre dans cinq mètres carrés. Tes papiers, dans ce sac-là. Bulletins de salaires, pochette bleue. Papiers du docteur, pochette verte. Tes dessins, pochette blanche. Dessiner, ça fait du bien. Lis aussi quelques livres. Tes vêtements propres dans ce sac. Les sales dans un autre. Tes affaires de toilette au-dessus du reste. Tes affaires personnelles dans un sac ou sur une étagère, toujours à portée de main. Une vieille photo te sauve de la déprime. Si tu peux, visse un crochet au mur. Pends-y une lampe de poche. Prévois toujours un jeu de piles de rechange. Surtout, range dans la minute ce que tu défais. Ne laisse jamais trainer des choses sinon c’est vite le bazar. Ne t’encombre pas. Revends les bibelots que l’on t’offre. N’allume jamais un feu. Même un briquet. Sors si tu as le cafard. Sors le plus longtemps possible. Promène-toi dans un parc, cherche de la verdure, contemple un arbre, roule-toi dans le gazon, marche le long de l’eau, assieds-toi sur un banc, grimpe une colline, cours, fait de l’exercice. Bois ton café dans un fast-food, c’est moins cher. Mange le plus souvent dehors, achète en promo. (Un temps)  Choisis avec qui tu vis.”

LA FORTERESSE
被围困的城堡

Compagnie : ILIMITROF CPG
Spectacle franco-chinois en espace public.

Mise en scène : BERTRAND DESSANE , Texte : EMANUEL CAMPO, CAO JING, Scénographie et graphisme : NEMO, Comédiens : LI FEI, ARNAUD LERAY, Création musical : SERGE SANA , Assistantes à la dramaturgie et traductrices : CAO JING, LUN YIZHUO, Équipe de production : KEVIN SAVARY, LUN YIZHUO, JIANG YONG

Site de la compagnie
Page Facebook de la compagnie

 

Un texte de Jean Prévost

“Il est étrange que nous manquions presque entièrement de jeunes poètes. Le besoin de poésie me semble aujourd’hui aussi fort que jamais. Toujours l’homme que traverse un sentiment vif a honte des banalités et des bégaiements qu’il improvise. Il a besoin de la poésie pour s’exprimer et pour régler son cœur. Or notre grande poésie, classique, romantique, symboliste, ne vient pas spontanément aux lèvres en de telles occasions : elle est un objet d’étude. Le public n’a pas eu tort de revenir à la chanson. Tandis que le peuple était la proie des chansons médiocres, imitées de l’opérette, un public jeune et lettré revenait à la chanson populaire.

Serait-il impossible d’avoir en France une poésie inspirée par la chanson populaire, sans en être pourtant le centon ni la parodie ? Je le suppose. L’Espagne nous a donné déjà cet exemple. Et c’est pourquoi les poésies populaires espagnoles et les poésies de Federico García Lorca tiennent la place la plus ample parmi mes traductions. En Espagne comme en France, populaire est le contraire de vulgaire ; la poésie populaire est l’amie du mystère, de l’image hasardeuse, de l’extrême brièveté. Nous n’avons pas encore eu de Lorca.

Qui pourra envoyer les jeunes poètes chanter sur les places au jour de marché les vieilles chansons françaises et leurs propres poèmes ? Jouer de très anciennes pièces sous les halles, auprès des leurs ? Qui nous donnera l’équivalent de la Baraque de Lorca ? Je ne vois pas d’autre chemin ouvert à notre poésie.”

Préface de l’Amateur de poèmes de Jean Prévost (1901-1944), 1940.