Sans titre au 06/01/2017

L’industrie de la musique et moi nous ne nous
connaissons pas Il semblerait que je sois
au-delà d’un périphérique Trop Loin
dans la province Seul en selle
des étoiles aux talons et l’estomac
sous un ciel d’éperons s’étire dans un hamac
le barman s’appelle sifflement
Il me sert de l’eau qui pique On étanche
notre soif quand on peut
comme on veut Nos joies sont du stress
que nous distribuons aux plateformes de streaming
Elles garantissent entre nous le respect
de la distance de sécurité On s’éloigne bien les uns des autres
Où sont-ils les corps dans tout
dans tous ces zéros et ces uns, hein ? Pourquoi
croyez-vous que je rêve tant de pyramides humaines ?
Où sont les corps Sont-ils ? Je travaille.
Le milieu est comme une image
sans mot sans chair sans fabrication faite main
un nuage comme une poésie française Où ?
Où sont vos corps et je cherche toujours
Le mien ne traîne pas loin.

_ _

E.C. 06/01/2017

« Maison. Poésies domestiques » édition revue et augmentée

Ne trouvez-vous pas que le p’tit dernier a pris du poids ?

Après deux premiers tirages à 200 exemplaires désormais épuisés, une nouvelle édition revue et augmentée de mon recueil Maison. Poésies domestiques aux éditions la Boucherie littéraire est  disponible en commande en librairie depuis janvier. C’est à vous.

Maison. Poésies domestiques — nouvelle édition revue et augmentée, Emanuel Campo, collection Sur le billot, éditions la Boucherie littéraire, 68 pages, décembre 2016.
Prix de vente : 12 €

I.S.B.N. 978-2-9551283-8-1

« Maison. Poésies domestiques » : Réédition revue et augmentée

Il y a un an jour pour jour sortait en librairie mon premier recueil aux éditions la Boucherie Littéraire. Aujourd’hui, je suis heureux et fier de vous annoncer sa réédition revue et augmentée (oui avec de nouveaux textes…).

Un gros « Big Up » aux lecteurs, à mes proches, aux amis, aux arbres, à Antoine Gallardo l’éditeur de ce livre, aux revues de poésie, aux libraires, aux assos et festivals qui m’ont invité, aux personnes qui l’ont offert ou qui ont relayé l’info. Un grand merci enfin aux poètes et aux chroniqueurs qui en ont parlé dans leurs blogs ou qui ont écrit un article en revue, à savoir Frédérick Houdaer, Patrice Maltaverne, Jean-Pascal Dubost, Philippe Chauché, François-Xavier Farine, Patrick Joquel, Isabelle Boucher-Doigneau, Michel Baglin, Eric Dejaeger… Retrouvez ici leurs articles.

L’histoire des travaux racontée par l’éditeur sur le blog des éditions la Boucherie littéraire :

Il y a un an très exactement paraissait Maison. Poésies Domestiques, le premier recueil de poésie d’Emanuel Campo. Le tirage était de 200 exemplaires, il s’agissait du 3ème titre publié aux éditions la Boucherie littéraire et le deuxième paraissant dans la collection Sur le billot.

Emanuel Campo était parfaitement inconnu et je pensais sincèrement que son livre mettrait au moins deux ans à s’écouler.

Mais contre toute attente, les chroniques encourageantes pleuvaient, les librairies jouaient le jeu, notamment la libraire La Voie aux chapitre à Lyon, et Emanuel Campo défendait bec et ongle ce premier livre. Tant et si bien qu’il fallut effectuer un deuxième tirage à 200 exemplaires au début du mois de mars.

Nous en avions profité pour corriger les coquilles qui trainaient et pensions être tranquille pendant au moins deux ans.

Début novembre, Serendip Livres – notre distributeur – appelaient, alarmiste, m’annonçant qu’ils ne leur restaient plus que 4 exemplaires et s’étaient mis à appeler les libraires pour faire des retours des rares exemplaires invendus  pour pouvoir honorer les commandes en cours.

Sur le pied de guerre en prenant contact avec Emanuel, je lui proposais non pas de faire une 3ème impression, mais bel et bien un nouveau livre avec une édition revue et augmentée.

Ainsi, avec un nouvel I.S.B.N., un gros travail de mise en forme et de nouveaux textes retravaillés au pied levé, nous sommes heureux de vous annoncer qu’un nouvel étage a été créé à la maison d’Emanuel.

Une place plus importante a été faite à la famille, aussi quoi de plus naturel en ce premier jour d’hiver, et à l’approche galopante des fêtes de Noël que de vous annoncer que la 3ème édition de Maison. Poésies domestiques sortira le 25 décembre ! Il est imprimé à 500 exemplaires et est le 9ème titre aux éditions la Boucherie littéraire.

Je ne connais pas beaucoup de jeunes auteurs de poésie qui peuvent se vanter que leur premier livre ait été imprimé à 900 exemplaires la première année.

Tout cela grâce à lui, grâce aux lecteurs, grâce aux libraires, aux chroniqueurs, aux organisateurs de salon et de festival de poésie. Ne vous arrêtez pas en si bon chemin. Merci à tous et joyeux Noël ! Antoine Gallardo.

 

Maison. Poésies domestiques — nouvelle édition revue et augmentée, Emanuel Campo, collection Sur le billot, éditions la Boucherie littéraire, 68 pages, décembre 2016.
Le livre sera disponible commandable début janvier en librairie.
En attendant, vous pouvez le commander directement à la maison d’édition.
Prix de vente : 12 €
Frais de port (France) : 3 €
Frais de port (Belgique & Suisse) : 1 €

Un texte publié dans la revue Basse_déf_ n°2


Crédit photo : collectif Bêta

Je publie un texte inédit, On est entre nous, dans le tout frais n°2 de l’étonnante revue Basse_déf_ une  aventure éditoriale originale et exigeante portée par le collectif Bêta.

Une revue de feuilles volantes glissées dans une feuille pliée. Je suis très heureux de me compter parmi les poèmes et les créations de Maxime Actis, Nadine Agostini, Walter Benjamin X Ernesto, Raphaëlle Bouvier, Claude Favre, Quentin Léric, Patrice Luchet, Benoît Toqué, Yoann Thommerel, et Alban de Tournandre.

La revue est à prix libre tout comme les autres petits livres que le collectif Bêta édite, imprime et plie à la main.

Informations et commande : http://association-beta.blogspot.fr/

 

Voyage de classe

En Irlande, nous avions quinze ans.
Une journée sur la plus grande
des Îles d’Aran au large de Galway.
Nos professeurs : « Surtout ne vous approchez pas des falaises. »
Les vélos
qu’on avait loués pour nous
nous y amenèrent déjà
sans même connaître la destination
nous pédalions
sur les chemins de pierre
entre les murs de pierre
qui enfermaient des vaches
vivantes
comme nous. Elles nous regardaient
grandir et nous essouffler
contre le vent qui nous repoussait :
« N’y allez pas, c’est dangereux »
nous soufflait-il en celtique.
« Que d’la gueule, on parle pas celtique ! »
Ça devenait de plus en plus difficile de pédaler
mais une force nous incitait à découvrir un secret.
Les derniers mètres furent les plus pénibles.
Il faisait beau. Froid, beau et chaud, toutes les dix minutes.
« Mer ! Mer à l’horizon » cria un de mes camarades.
Bordel que c’était bon. La route s’arrêta net.
Une falaise de cent mètres et devant nous
l’Atlantique.

 

Mon premier réflexe a été de mourir.
De m’abandonner. Déverser mon bric-à-brac
dans l’océan. Puis,  je suis revenu à la vie.
Tout s’est passé très vite. J’ai toujours la photo.
On me voit assis
comme sur une chaise. Les pieds dans le vide
les bras détachés du corps
comme si je priais
mon ami de se dépêcher de prendre la photo.

_ _

E.C. 17/11/2016

Le bide en vigilance orange

Une tempête
s’est abritée
en plein dans
l’estomac

hier avec
les copains on
devait juste
boire un verre

et me voilà
dans un tunnel
prêt à vo

le bide en vi-
gilance orange
gilance orange
prêt à vo

dans un tunnel
avec au bout
la bassine et
un Coca.

_ _

E.C. 22/11/2016

Projet d’ambulance

Je connais un gars qui est revenu
du statut de « pote » à celui de « connaissance ».
Il s’est lancé dans son projet artistique
un groupe de musique.
Avant, nous nous voyions pour discuter. Aujourd’hui,
il communique
à coup de post, de tweet, de S.M.S ., de vidéo,
qu’il nous invite tous à partager.
Et nous le rappelle.
Sa comm’ est tellement offensive que son projet, lui, ne l’est plus.
Ses mots sont lancés loin devant. Ils ne sont déjà plus là quand il parle.
D’ailleurs, il parle de « projet », « mon projet », « écoute, c’est mon nouveau projet ».

Puisque c’est un projet, il n’existe pas. Mais tu l’as déjà ?!
Donc même si c’est un projet, je peux quand même l’écouter ?
Si je comprends bien, tu me présentes un morceau de futur ?

Et pour dire les choses franchement, le mec me saoule,
mais c’était un pote, alors il m’arrive de penser à lui,
et d’aimer les ambulances. Car on devient tous,
à un moment ou à un autre, une ambulance,
roulant à toute vitesse, un blessé à bord.

_ _

E.C. 09/11/2016.

Blaise Cendrars – Hommage à Guillaume Apollinaire

Le pain lève
La France
Paris
Toute une génération
Je m’adresse aux poètes qui étaient présents
Amis
Apollinaire n’est pas mort
Vous avez suivi un corbillard vide
Apollinaire est un mage
C’est lui qui souriait dans la soie des drapeaux aux fenêtres
Il s’amusait à vous jeter des fleurs et des couronnes
Tandis que vous passiez derrière son corbillard
Puis il a acheté une petite cocarde tricolore
Je l’ai vu le soir même manifester sur les boulevards
Il était à cheval sur le moteur d’un camion américain et
brandissait un énorme drapeau international déployé
comme un avion
VIVE LA FRANCE

Les temps passent
Les années s’écoulent comme des nuages
Les soldats sont rentrés chez eux
A la maison
Dans leur pays
Et voilà que se lève une nouvelle génération
Le rêve des MAMELLES se réalise !
Des petits Français, moitié anglais, moitié nègre, moitié
russe, un peu belge, italien, annamite, tchèque
L’un à l’accent canadien, l’autre les yeux hindous
Dents face os jointures galbe démarche sourire
Ils ont tous quelque chose d’étranger et sont pourtant bien
de chez nous
Au milieu d’eux, Apollinaire, comme cette statue du Nil, le père des eaux, étendu avec des gosses qui lui coulent de partout
entre les pieds, sous les aisselles, dans la barbe
Ils ressemblent à leur père et se départent de lui
Et ils parlent tous la langue d’Apollinaire

Blaise Cendrars, Paris, novembre 1918

Raymond Carver « Dimanche soir »

« Sers-toi des choses qui t’entourent.
Cette petite pluie
De l’autre côté du carreau, et d’une.
Cette cigarette entre mes doigts,
Ces pieds sur le divan.
Ce faible écho de rock and roll,
La Ferrari rouge dans ma tête.
La femme soûle qui titube
et se cogne çà et là dans la cuisine…
Mets-y tout ça,
Sers-t’en. »

Poème « Dimanche soir », extrait du recueil Jusqu’à la cascade, publié dans le Tome 9 des œuvres complètes de Raymond Carver aux éditions de l’Olivier.

Kristoffer Leandoer – Hemlösa dikter (Poèmes sans domicile fixe)

Här uppe i norr hänger gud upp och ner i ett träd.
Den kortaste natten är samma natt som den längsta.

Här uppe i norr tror man människan krymps av behov.
Vi har ställt oss bortom det kretslopp som firas ikväll.

Jag vet varför det är så skönt att prata om vädret.
Här finns en resebyrå utan all solgaranti.

När flodvågen kommer, anklagas främst vår regering.
Flodvågen kommer. Stormen. Vad sägs om ljusterapi?

Se Stockholm skamlöst mjölka dagern, droppe för droppe.
Se dagsljusmånen blekt beroende av vinterskyn.

Jag behöver just den mänskliga del som jag skäms för.
Behöver just mitt beroende, begär mitt behov.

Flodvågen kommer. Vår gud är ett utslitet öga.
Jag behöver dig, min återkommande inre natt.

Kristoffer Leandoer, Hemlösa dikter, 2008

 

Ici, au Nord, Dieu pend par les pieds dans un arbre,
Et la plus courte nuit vaut la nuit la plus longue.

Ici, on pense que l’homme a moins de besoins.
Nous nous positionnons en-dehors de ce cycle.

Je comprends l’intérêt pour le temps qu’il fera
car nul ne peut jamais rien garantir du ciel.

Lors des inondations, l’état est mis en cause.
Torrents violents. Vous dites… thérapie solaire ?

Regarde avec fierté Stockholm et ses lueurs,
ses jours creusés de lune et son hiver blafard.

J’ai besoin de ce fragment humain dont j’ai honte
j’ai besoin de cela : besoin de cette soif.

Viens orage, viens : Dieu est un œil arraché.
J’ai besoin de toi, viens là… mon unique nuit…

Kristoffer Leandoer, Poèmes sans domicile fixe, traduits du suédois par Édith Azam avec l’aide de l’auteur, éd. Cadastre8zéro, collection Donc (dirigée par Bernard Noël), 2012.
13 €. Commander l’ouvrage ici.

Revue 17secondes n°8

Jérôme Pergolesi m’accueille pour la 4e fois dans la belle revue qu’il a créé, la revue 17secondes, que l’on peut lire en version numérique ou en version papier. Aujourd’hui, c’est dans le n°8 consacré aux textes  courts que je signe deux poèmes.

Lire la revue en ligne sur Calaméo.

Format 15×15 cm, couleur.
152 pages. 16€.
revue17secondes.blogspot.fr

Au sommaire : Rodolphe Houllé, Harry Szpilmann, Esther Salmona, Jacques Pierre, Flora Botta, Marie-Paule Bargès, Colette Daviles-Estinès, Rita Renoir, Roselyne Sibille, Karim Cornail, François Teyssandier, Thierry Radière, Philippe Agostini, Márcia Marques-Rambourg, Joelle Petillot, Esther Salmona, Adeline Duong, Sandrine Waronski, Nicholas Petiot, Clara Bouhier, Adèle Nègre, Florian Tomasini, Guillaume Dreidemie, Jean-Charles Paillet, Odile Robinot, Pierre Rosin, Corinne Colet, Daniel Birnbaum, Jérôme Pergolesi, Estelle Boullier, Aline Angoustures, Sophie Nicol, Brigitte Giraud, Agnès Cognée, Olivia Del Proposto, Erick Jonquière, Olivier Cousin, Fabrice Marzuolo, Arthur Catherin, Sylvie Loy, Aurélien Gernigon, Derek Munn, Alienor Oval, Mahrk Gotié, Sophie Lagal, Thierry Augé, Cédric Merland, Sophie Brassart, Lydia Padellec, Marianne Desroziers, Margueritte C, Laurine Roux, Clément G. Second, Nathalie Palayret, Emanuel Campo, Christiane Genet, Perrin Langda, Géry Lamarre, Mathieu Crochet, Morgan Riet, Mark Kerjean, CeeJay, Sylvie Raoul.

Poème à propos d’un « check » raté

Nous nous tournons l’un vers l’autre histoire de nous saluer.
Mais pas de n’importe quelle manière
par la nôtre de manière
un check efficace et virile
puisque nous faisons tous les deux « dans la musique »
Mais ce soir, j’sais pas
l’un de nous heurte du pied un pavé qui dépasse du trottoir
si bien que le geste de nos mains allant l’une vers l’autre est bêtement déséquilibré.
Il n’y a aucun impact
juste un léger pet de mouche.

Alors peut-être qu’il allait pour me faire la bise
et qu’il a été surpris par mon entreprise de check.
Mais d’un autre côté, on se dit toujours bonjour en check
En même temps, ce soir, nous sommes en groupe et certaines fois dans le milieu on se fait la bise.
C’est ça. Il a dû faire la bise à ses amis avant moi
et dans sa lancée – pour ne pas marquer une distinction entre ses potes
il s’est spontanément penché vers moi pour me faire la bise
tandis que moi, content de le voir et focalisé sur mon idée de check

un fist bump bien senti

je lui présentai mon poing au niveau de l’épaule.
Hésitation de sa part et de la mienne par conséquent
nos regards cherchant une solution
personne n’y croyant vraiment
et puis finalement va pour le check !

Un check raté.
Complètement. Raté.

Nous nous retirons l’un de l’autre
penauds
avec un sentiment d’échec
grandissant telle une chaleur sous nos joues.

Les autres, c’est sûr, ils n’ont rien capté
mais nous
nous nous en souviendrons.

Nous continuons la soirée avec ce manqué
l’inverse d’un poids
plutôt une ondulation
qui autour de nous plane.

_ _
14/10/2016

Une histoire de tromperie

Ça me l’a fait en pédalant le long des quais.

Derrière, le ciel se couchait plus tôt que d’habitude
et moi j’avais RDV dans un bar alors
je pédalais fort pour arriver à l’heure.

La douleur a surgi
d’un coup depuis le front
jusqu’à l’arrière de ma tête
me la chauffant
me la chauffant on aurait dit
un soleil couchant.

Alors oui j’ai cru
à une rupture d’anévrisme ou quoi
un truc comme ça
à la mort qui minutieusement
montait en moi.

Au lieu de stopper net mon vélo
pour envoyer un SMS à ma copine
contempler le fleuve couler
le ciel partir et observer
ma barque solaire lentement accoster
tandis que son équipage, lui, s’affairait à l’accueil de ma personne
JE ME SUIS MIS A PÉDALER ENCORE PLUS FORT
pour sentir le mal se rependre
voir ce qui allait se passer plus loin dans la douleur

CAR
quand je veux des réponses : je me dois de vérifier

Bon… Fausse alerte.
La douleur s’est peu à peu atténuée
au niveau du pont enjambant le fleuve
pour ne finir qu’en léger Larsen dans l’oreille.
J’étais toujours vivant mais c’t’affaire m’avait bien essoufflé.
Mon corps m’a injustement trompé.
Me suis fait avoir comme un bleu clair dans un brouillard
un lundi matin de novembre dans les Dombes (01).

CONCLUSION :
Il y a quelque chose
en moi
qui n’est pas
digne de confiance.

_ _

E.C. 10 – 13 / 10 / 2016.