﻿{"id":2413,"date":"2019-03-10T19:26:14","date_gmt":"2019-03-10T17:26:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ecampo.fr\/?p=2413"},"modified":"2025-02-04T23:12:51","modified_gmt":"2025-02-04T21:12:51","slug":"merci-monsieur-emaz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ecampo.fr\/?p=2413","title":{"rendered":"Merci Monsieur Emaz"},"content":{"rendered":"<p>La semaine derni\u00e8re, quatre jours avant l\u2019annonce de sa disparition, j\u2019\u00e9voquais encore mon unique rencontre avec le po\u00e8te Antoine Emaz devant des \u00e9l\u00e8ves d\u2019une classe de seconde. Lorsqu\u2019on m\u2019interroge sur mon parcours en po\u00e9sie, je raconte souvent cette anecdote. C\u2019\u00e9tait \u00e0 Dijon en mai 2011, sur l\u2019escalier de la sortie de secours de la salle ronde du Th\u00e9\u00e2tre Mansart (les Dijonnais sauront), lors du festival \u00c9closion du Th\u00e9\u00e2tre universitaire. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, je connaissais uniquement son recueil <em>Caisse Claire<\/em> que mon amie Caro, alors coordinatrice du festival en question, m\u2019avait pr\u00eat\u00e9. Antoine Emaz \u00e9tait \u00e0 l\u2019honneur du festival ce soir-l\u00e0. Rencontre publique, lecture\u2026 puis discussions informelles au bar histoire de prolonger le moment (public essentiellement \u00e9tudiant). \u00a0Il resta longuement \u00e0 discuter avec celles et ceux qui l\u2019approchaient. En ce temps-l\u00e0, j\u2019avais uniquement publi\u00e9 dans la revue N\u00e9m\u00e9sis, revue dijonnaise de po\u00e9sie que nous \u00e9tions quelques-uns \u00e0 animer. Je suis all\u00e9 le voir. Je crois qu\u2019on a commenc\u00e9 \u00e0 parler de jazz. Bref, arrive le moment de la question na\u00efve qui taraudait le gars de 28 ans que j\u2019\u00e9tais, \u00ab comment se faire publier ? \u00bb. En guise de premi\u00e8re r\u00e9ponse, il m\u2019a pos\u00e9 une simple question : quels \u00e9taient les po\u00e8tes et les maisons d\u2019\u00e9dition actuels que j\u2019aimais lire ? Silence intersid\u00e9ral de ma part. Je ne connaissais aucune maison d\u2019\u00e9dition de po\u00e9sie. Et \u00e0 l\u2019\u00e9poque mes rares lectures en mati\u00e8re de po\u00e9sie, voire po\u00e9sie du 20<sup>e<\/sup> se limitaient \u00e0 C\u00e9saire surtout, Calaferte un peu\u2026 ah oui je cite quand m\u00eame deux vivants (ouf !) Ian Monk et Christophe Stolowicki dont j\u2019avais les livres. Mais bon, c\u2019\u00e9tait peu pour quelqu&rsquo;un qui souhaitait \u00eatre publi\u00e9. Pourquoi s\u2019int\u00e9resserait-on \u00e0 mes \u00e9crits si je ne m\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 ceux des autres ? C\u2019est avec beaucoup de bienveillance qu\u2019il m\u2019a parl\u00e9 du parcours habituel qu\u2019il est bon d\u2019emprunter. Il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 me parler des revues, des salons d\u2019\u00e9diteurs\u2026 Aller \u00e0 la rencontre du paysage \u00e9ditorial, se faire une culture de pratiquant de la po\u00e9sie actuelle, permet de savoir o\u00f9 se situer, \u00e0 quelles revues envoyer ses textes, et permet de choisir l&rsquo;\u00e9diteur \u00e0 qui envoyer son manuscrit\u2026 Il m\u2019a parl\u00e9 de N4728, une revue dont il \u00e9tait membre du comit\u00e9 de lecture. \u00c0 l\u2019\u00e9coute des nouvelles voix, il m\u2019a gentiment propos\u00e9 de lui envoyer quelques po\u00e8mes qu\u2019il pouvait \u00e9ventuellement transmettre au comit\u00e9 de la revue. Dans son e-mail qui accusait r\u00e9ception de mes textes, il m\u2019\u00e9crivit ce retour pr\u00e9cieux \u00e0 propos de mes po\u00e8mes, retour que j\u2019essaie tant bien que mal d\u2019appliquer encore aujourd\u2019hui : \u00ab [\u2026] il y a sans doute encore trop d&rsquo;images pour moi. Sans doute est-ce une question d&rsquo;\u00e2ge, aussi. Plus je vieillis, plus je vais au simple, au pauvre \u00bb. Puis il conclut \u00ab il faut vous faire lire par des gens tr\u00e8s diff\u00e9rents ; les revues servent \u00e0 \u00e7a \u00bb. Quelques mois plus tard, mon nom parut au sommaire de N4728, premi\u00e8re revue (sans compter N\u00e9m\u00e9sis de laquelle j\u2019\u00e9tais membre) \u00e0 publier mes po\u00e8mes.<\/p>\n<p>Dans les semaines suivant ma rencontre avec Antoine Emaz, j&rsquo;applique les conseils qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 me filer : je m\u2019abonne \u00e0 tout ce qui bouge. Je lis les revues qui plus tard me publieront, Ce qui reste, 17 secondes, Microbe\u2026 en lis d\u2019autres qui ne me publieront pas, et c\u2019est cool. Je monte \u00e0 Paris aux diff\u00e9rents salons et march\u00e9s de po\u00e9sie pour y acheter des recueils. D\u2019ailleurs, je vous y croise Antoine Emaz mais je n\u2019ose pas vous aborder. Je me ruine aussi. Beaucoup. Oui, la po\u00e9sie, c\u2019est un investissement. Je d\u00e9couvre des trucs qui me plaisent, d\u2019autres non. Des initiatives soign\u00e9es, d\u2019autres compl\u00e8tements d\u00e9gueu. Mais la qualit\u00e9 n\u2019appartient pas exclusivement aux premi\u00e8res. Ma biblioth\u00e8que devient plus dense avec les \u00e9ditions Tarabuste, La Dragonne, Le P\u00e9dalo ivre\u2026 Je surfe sur Internet et d\u00e9couvre plein de blogs. Je me rends aux \u00e9v\u00e9nements de po\u00e9sie de ma ville et rencontre des po\u00e8tes avec qui je discute. Dingue. Tout \u00e7a jusqu\u2019aux rencontres d\u00e9cisives avec les rares personnes qui m\u2019ont amen\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 j\u2019en suis aujourd\u2019hui en mati\u00e8re de po\u00e9sie. Alors, pour ces pr\u00e9cieux conseils, qui pour certains sembleront aller de soi, merci Monsieur Emaz.<\/p>\n<p>Antoine Emaz (1955 &#8211; 2019)<\/p>\n<p>_ _<\/p>\n<p>E.C. dimanche 10 mars 2019.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La semaine derni\u00e8re, quatre jours avant l\u2019annonce de sa disparition, j\u2019\u00e9voquais encore mon unique rencontre avec le po\u00e8te Antoine Emaz devant des \u00e9l\u00e8ves d\u2019une classe de seconde. Lorsqu\u2019on m\u2019interroge sur mon parcours en po\u00e9sie, je raconte souvent cette anecdote. 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