﻿{"id":2554,"date":"2019-10-20T15:10:01","date_gmt":"2019-10-20T13:10:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ecampo.fr\/?p=2554"},"modified":"2019-10-20T15:10:01","modified_gmt":"2019-10-20T13:10:01","slug":"faut-bien-manger-sur-les-decouvreurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ecampo.fr\/?p=2554","title":{"rendered":"Faut bien manger sur les D\u00e9couvreurs"},"content":{"rendered":"<p>Merci \u00e0 Georges Guillain pour cet article de fond \u00e0 propos de <em>Faut bien manger<\/em> (\u00e9d. La boucherie litt\u00e9raire) sur le blog des D\u00e9couvreurs (une mine!). Article en entier <a href=\"http:\/\/lesdecouvreurs2.blogspot.com\/2019\/09\/vivre-de-sa-passion-oui-mais-quel-prix.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">ici<\/a>.<\/p>\n<blockquote>\n<h3 style=\"text-align: left;\">VIVRE DE SA PASSION ? OUI. MAIS \u00c0 QUEL PRIX. \u00c0 PROPOS DE FAUT BIEN MANGER D\u2019EMANUEL CAMPO.<\/h3>\n<p style=\"text-align: left;\">Les ouvrages nous permettant de nous faire une id\u00e9e de la fa\u00e7on dont, au jour le jour, je veux dire dans sa r\u00e9alit\u00e9 triviale et quotidienne, est v\u00e9cu le <em>m\u00e9tier<\/em> de po\u00e8te, sont \u00e0 mon avis trop rares pour ne pas devoir \u00eatre signal\u00e9s. Entre id\u00e9alisation romantique et caricature pseudo-naturaliste, il n\u2019est pas toujours facile de se repr\u00e9senter l\u2019existence par exemple d\u2019un jeune homme d\u2019aujourd\u2019hui entr\u00e9 dans les arts, comme aurait dit Murger \u00ab\u00a0<em>sans autre moyen d\u2019existence que l\u2019art lui-m\u00eame<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>sans autre fortune [\u2026] que le courage qui est la vertu des jeunes, et que l\u2019esp\u00e9rance qui est le million des pauvres<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">C\u2019est pourquoi le petit livre d\u2019Emanuel Campo, <em>Faut bien manger, <\/em>publi\u00e9 l\u2019an dernier par La Boucherie litt\u00e9raire, ne doit pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9. Certes, on ne saurait affirmer sans se montrer un brin complaisant, qu\u2019au strict plan litt\u00e9raire, l\u2019ouvrage apporte quoi que ce soit \u00e0 l\u2019histoire de la po\u00e9sie. \u00c9crit avec une certaine d\u00e9sinvolture, recourant \u00e0 bien des facilit\u00e9s du moment, peu ambitieux donc sur la forme, le travail d\u2019Emmanuel Campo int\u00e9resse par autre chose. Une sorte de sinc\u00e9rit\u00e9 ou d\u2019honn\u00eatet\u00e9 retorses par lesquelles il parvient, nous d\u00e9voilant l\u2019envers du d\u00e9cor, \u00e0 faire de ses propres faiblesses, une force et \u00e0 nous sensibiliser de cette mani\u00e8re aux principales contradictions que la condition d\u2019artiste qui est la sienne, oblige \u00e0 affronter.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">De fait<em>, Faut bien manger<\/em> \u2013 titre r\u00e9v\u00e9lateur &#8211; ouvre comme une s\u00e9rie de petites fen\u00eatre sur ce que signifie, pour un po\u00e8te, un artiste, le fait de se refuser au travail salari\u00e9 pour s\u2019assurer le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une vie plus confortable. Alors c\u2019est s\u00fbr, faut bien aimer les p\u00e2tes\u00a0; recourir \u00e0 l\u2019occasion \u00e0 quelques petits boulots pas toujours rigolos\u00a0; traverser bien des moments de doute et de d\u00e9prime\u00a0; et lorsque c\u2019est un peu trop dur de sentir qu\u2019on d\u00e9\u00e7oit bien des membres de sa famille, se surprendre \u00e0 imaginer d\u2019autres m\u00e9tiers qui donneraient la possibilit\u00e9 de continuer quand m\u00eame, avec plus de s\u00e9curit\u00e9, son activit\u00e9 d\u2019artiste. Mais quelque chose apparemment de plus fort, comme une exigence int\u00e9rieure, un d\u00e9go\u00fbt aussi, comme visc\u00e9ral de l\u2019embrigadement social et de la soumission aux actuelles normalit\u00e9s, l\u2019emporte. Jusqu\u2019\u00e0 rendre m\u00eame difficile la relation avec d\u2019autres artistes que leur d\u00e9sir de r\u00e9ussite aura transform\u00e9, en tristes et insupportables \u00ab\u00a0<em>communicants<\/em>\u00a0\u00bb de leur propre travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">C\u2019est, me semble-t-il, l\u2019utilit\u00e9 premi\u00e8re de la po\u00e9sie que de maintenir dans l\u2019espace de plus en plus d\u00e9vitalis\u00e9, fabriqu\u00e9, manipul\u00e9 dans lequel nous baignons, l\u2019exigence d\u2019une parole non pas \u00ab\u00a0<em>vraie<\/em>\u00a0\u00bb mais toujours reli\u00e9e, comme charnellement, visc\u00e9ralement, \u00e0 notre humanit\u00e9 profonde. Aussi, face \u00e0 ces flux inconsistants mais d\u00e9r\u00e9alisants de parole qu\u2019on voit par exemple inonder les r\u00e9seaux, la meute des satisfaits qui se gratulent, se congratulent, font l\u2019important, exhibent des mis\u00e8res comme s\u2019il s\u2019agissait des toutes nouvelles merveilles du monde, face aussi \u00e0 tous ceux qui, sans trop savoir \u00e0 quoi le <em>m\u00e9tier <\/em>oblige, l\u2019envient, avec un sentiment coupable, de \u00ab\u00a0<em>pouvoir vivre de sa passion<\/em>\u00a0\u00bb, le grand m\u00e9rite d\u2019Emanuel Campo est d\u2019opposer une attitude, un ton, une libert\u00e9, une forme aussi de sant\u00e9 morale, d\u2019incarnation, qui lui permettent de refuser la posture et de ne pas se montrer enti\u00e8rement dupe de toutes les connivences, les malentendus, les travers, les faux-semblants et les d\u00e9primantes trivialit\u00e9s, sur lesquels reposent, quoi qu\u2019on fasse, les formes sociales de l\u2019engagement artistique. Il faut lire \u00e0 cet \u00e9gard le texte qu\u2019il consacre \u00e0 raconter, de l\u2019int\u00e9rieur, l\u2019une de ses lectures dont il met d\u2019ailleurs<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=RBgaDHkaEhY\"> <u>en lien la captation vid\u00e9o<\/u>.<\/a> Sans bien s\u00fbr qu\u2019on puisse les ramener aux <em>grimaces<\/em> dont me parlait le grand tableau de Pelez auquel j\u2019ai tout derni\u00e8rement tent\u00e9 de rendre hommage, les \u00ab\u00a0<em>mines<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>simulacres<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>cabotinages<\/em>\u00a0\u00bb divers qu\u2019\u00e9voque ici, m\u00eame au second degr\u00e9, notre jeune po\u00e8te ne sont pas sans dire quelque chose d\u2019une certaine <em>mis\u00e8re<\/em> de notre po\u00e9sie d\u2019estrade ou de caf\u00e9 qui pousse des proc\u00e9d\u00e9s \u00e9labor\u00e9s depuis longtemps par des auteurs d\u2019envergure \u2013 ici par exemple Gherasim Luca \u2013 pour amuser des galeries qui finalement n\u2019en ont pas grand-chose \u00e0 faire. Venues qu\u2019elles sont, pour la plupart, pour un semblant de convivialit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans cette perspective, l\u2019ouvrage d\u2019Emanuel Campo prolonge un peu pour moi ce qu\u2019on peut retenir de certains ouvrages tels que <a href=\"http:\/\/blog.assodecouvreurs.com\/post\/2014\/05\/08\/AU-NOM-DE-QUELLE-LOI-ATELIERS-D-ECRITURE%2C-RESIDENCES-D-ECRIVAINS%2C-RENCONTRES%E2%80%A6\"><em><u>Chasseurs de primes<\/u><\/em><u> de Jo\u00ebl Bastard<\/u><\/a> ou du<em> <a href=\"http:\/\/lesdecouvreurs2.blogspot.com\/2017\/09\/dune-certaine-lecture-publique-de.html\"><u>Vocaluscrit<\/u><\/a><\/em><u><a href=\"http:\/\/lesdecouvreurs2.blogspot.com\/2017\/09\/dune-certaine-lecture-publique-de.html\"> de Patrick Beurard-Valdoye<\/a> <\/u>dont j\u2019ai en leur temps rendu compte. Son caract\u00e8re salubre vient de ce qu\u2019il ne se paie pas contrairement \u00e0 bien d\u2019autres d\u2019illusions ou de pr\u00e9tentions excessives. Et surtout, laisse sa place au doute. Ce pourquoi il nous parle et se r\u00e9v\u00e8le, au fond, intelligemment humain.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Merci \u00e0 Georges Guillain pour cet article de fond \u00e0 propos de Faut bien manger (\u00e9d. La boucherie litt\u00e9raire) sur le blog des D\u00e9couvreurs (une mine!). Article en entier ici. VIVRE DE SA PASSION ? OUI. MAIS \u00c0 QUEL PRIX. \u00c0 PROPOS DE FAUT BIEN MANGER D\u2019EMANUEL CAMPO. 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