Pour une débénabarisation du quotidien #238-249

Yo ! Nouvelle mi-temps de la Ligue des Champions de la poésie routinière featuring Grégoire Damon. Pour ce qui s’est passé dans les vestiaires précédemment c’est ici. Check this out !

238) Et Plouf ?

239) Mais t’as pas peur que cela ne contribue à la pollution des océans ? Parce qu’il doit y avoir des trucs bien dégueulasses dans ce grand sac, non ?

240) Il paraît qu’il existe un continent de déchets quelque part dans le nord-est du Pacifique qui serait 4,88 fois plus grand que le Texas. Le Texas merde. T’imagines si on pouvait marcher dessus ? Sur ce continent en plastique ?

241) (Le Texas est l’unité de mesure inventée par Hollywood et utilisée dans plusieurs films catastrophe. On parle d’astéroïdes deux fois plus grands que le Texas, d’épidémies qui toucheraient la moitié du Texas, de clandestins mexicains qui envahiraient l’équivalent d’un quart de Texas par an. On dit même que le Texas ferait une fois et demi la France – en réalité c’est un petit peu moins. Enfin, le hasard voudrait – je ne demande qu’à vérifier – que l’état américain du Texas mesurerait exactement l’équivalent d’un Texas. D’où le nom de cette unité de mesure. Mais est-ce une véritable vérité générale du monde ?)

242) On pourrait marcher dessus. Gambader. Sauter à cloche pied. Ramper. Stationner tellement il y aurait de déchets à la surface de l’eau. Le « sol » ne serait pas totalement lisse pour y jouer au golf par exemple, mais qu’à cela ne tienne, on n’a qu’à dérouler un tapis synthétique. Il doit bien y en avoir un qui flotte dans le tas. On pourrait pour commencer implanter genre une colonie de bagnards – c’est notre truc ça les colonies – construire un fort afin de protéger nos colons contre les attaques indigènes.

243) Depuis le temps qu’on en parle de ce continent, il devrait bien y avoir deux trois pélos qui y auraient déjà planté leur drapeau en secret. Avant nous. Et qui constitueraient aujourd’hui un peuple d’indigènes. Ils auraient fondé un nouvel état ou bien auraient repris une ancienne nation dormant dans les archives mondiales afin de ne pas s’emmerder à créer un nouveau logo, code couleur ou hymne nationale. Ça se trouve les mecs n’étaient ni graphistes ni compositeurs. Ce sont des postes importants de nos jours dans nos contrées (dans un cabinet ministériel par exemple, il y a des auteurs, des artisans du mythe, des communicants…). Ça se trouve, les mecs étaient des jeunes sans problèmes qui n’auraient trouvé ni emploi ni gloriole, qui n’auraient subi aucun embrigadement extrémiste, patriotique ou associatif. Des usagers moyens de la République animés par un besoin de création. Ils auraient, comme les corses, implanté leurs villages dans les « terres » de ce continent-radeau afin de ne pas être remarqué par les bateaux naviguant au large. Ils auraient bâti à partir de coques de portables, de bouteilles plastiques et de sachets mâchés par les tortues. Construit des routes en emboîtant des petits jouets usagers les uns dans les autres. Créé une nouvelle littérature à partir des constellations visibles à cet endroit du globe. Leur premier livre classique s’intitulerait Les Trois câbles et commencerait ainsi :

« Jadis si je me souviens bien, ma vie était un festin » CRIC CRAC BANG BANG ! Tirons dans le tas, nous n’en voulons plus. Fini herbe verte et plateformes de partage, flux au débit insuffisant et goudron de vos villes, transparence fiscale et sangles de vélo, nous partons flotter ailleurs et bâtir sur nos merdes sous le regard approbateur de la constellation du tuyau.

244) Cette littérature du schisme, ajoutée à d’autres raisons bien plus dangereuses pour nos colons forceraient ces derniers à s’entourer d’un solide mur d’enceinte. Un type de chez nous répandra sûrement l’idée qu’il faut se méfier des systèmes autonomes. And the rest is History…

245) (Le problème avec ce continent flottant c’est qu’on ne pourrait pas y creuser de métro. Du coup, pour nos transvasements quotidiens et pour que nos enfants se prennent pour des conducteurs, c’est mort.)

246) Alors tout à fait autrement : un jour, tu prendras tous les présents de vérité générale du monde, et les tiens en premier. Tu les mettras dans un grand sac. Et tu prendras un bateau. Oui. Un jour. Un bateau.

247) Et après ? Dériver jusqu’à ne plus avoir pied, là où les côtes sont trop loin pour revenir vivant d’une baignade ? Paraît que la lumière y est telle qu’elle empêche les caméras d’informer. Ouvrir le sac et y glisser le bras.

248) Le bois se gonfle dans l’eau, les trains passent, la noix de coco tombe, un enfant cache son doudou dans le meuble à chaussures, la goutte coule du nez, le shaman part acheter le pain tout en restant sur place, un sac jeté du bateau, le vent du large, la danse des canards, la file devant le forum réfugié de la rue Garibaldi, les algorithmes de Wall Street. Mouvement. Garant de nos rotules chantantes. Courants océaniques et conscience des objets.

249) Quand je pense qu’une génération entière attend la révolution. Y songe pendant les RTT, les vacances, sur la chaîne de montage, en réunion de prod’, pendant les balances, en lamant ses baguettes de pain, au volant de son camion, en rédigeant son mémoire ou sa note de synthèse, en baignant son gone. Le méchant revers du gauche qu’elle va se prendre quand elle verra que la révolution qui arrivera n’est ni la sienne, ni celle qu’elle attendait. Il se prépare des trucs ailleurs, sans nous les gars. Nos vérités ne sont pas indispensables à tous. On est entre nous. Bien que ça s’effrite depuis un petit moment déjà, ça tient encore – fébrilement. Mais putain leur regard quand la vague sortira du siphon même de leur bac de douche…

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