Pour une débénabarisation du quotidien #118-122

L’épisode précédent de la débénabarisation du quotidien (du #111 au #117) c’est ici, sur le blog de Grégoire Damon. La suite écrite à l’instant c’est là :

118) tard c’est compliqué, les yeux qui piquent ;

tard le silence se déporte ;

tard ailleurs ;

tard ailleurs c’est proche ;

tard c’est à la fois la fatigue du jour et celle du lendemain ;

tard seul dans le salon qui veille ;

tard tu dors ;

tard on prépare l’avenir devant l’ordi ;

tard on boit à la bouteille, les verres sont dans la cuisine et la cuisine est trop loin ;

tard demain c’est très proche ;

tard jag är stel i nacken ;

tard tu tousses dans ton sommeil malade ;

tard le périph’ est vide ;

tard je le vois depuis ma fenêtre ;

tard frisson ;

tard pas de froid mais de fatigue ;

tard à force de préparer l’avenir ;

tard je me suis assis sur le potentiel de situation ;

tard j’ai le cul tout raide ;

tard bizarre pour un cul ;

tard c’est peut-être le signal pour aller m’aplatir contre la ronfleuse ;

tard à demain, même heure, même bouteille.

119) Une véritable guerre s’est déclarée durant notre sommeil. Ça doit bien les faire marrer maintenant les sonneurs d’alarmes. Enfin… Pas marrer. Pire. Depuis des années que leurs bras se soulèvent, certains ont-ils renoncé à leur engagement ? D’autres voient-ils dans l’actualité un nouvel élan ? Sentiraient-ils que les puissants seraient enfin prêts à les soutenir ? Les sonneurs d’alarmes. Acteurs associatifs. Habitants. Agents de proximités. Certains artistes. Journalistes indépendants. Un iceberg vient d’émerger. A l’écran. Uniquement à l’écran. Les vivants, eux, savaient.

120) Et de nouveau, une étrange intuition que des têtes vont tomber. Pas les bonnes. Que les défenses se dressent. Autour de nous. Qu’à vouloir des enfants libres. On les veut parfaits. Qu’à force de créer des explications. On découvre notre fragile équilibre. Notre complexité. Une étrange intuition que des fenêtres s’ouvrent. Mais que les serrures se ferment. Que des forces sont en mouvements. Depuis, depuis, depuis. Que le progrès du monde n’a pas de mémoire. Que l’on cherche un mode d’emploi. Alors qu’il s’agit uniquement de vivre. Vivre et tenir. Debout. Pas d’emploi. Qu’après des siècles de littératures et de philosophies, certains en sont encore à se poser des questions déjà résolues. Que les mots se vident. On les épuise. Qu’on les dérègle à force de les crier. De les exploiter. De les débiter. De les. De les. Un mot comme une petite Terre sur laquelle on vit à crédit.

121) Réveil. Je me réveille. Oh merde. C’était quoi ça ? La ronfleuse, t’es où ? Dans la salle d’eau, tout va bien. Chez nous. Je suis chez nous. Chérie, tu me croiras jamais, j’ai rêvé que je parlais comme…

122) RECOMMENCER. Et s’y TENIR.

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Pour une débénabarisation du quotidien est une liste écrite par Grégoire Damon (son blog) et moi à suivre sur nos blogs respectifs. Les nouvelles lectrices et nouveaux lecteurs trouveront des explications ici.

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