Une force (inédit, 2026)

Une force a manqué son objectif,
car aucune idée géniale n’est arrivée.
Une force est en situation d’échec,
car une force n’a pas réussi à aboutir.
Une force n’arrive pas à continuer.
Une force a juste envie d’être petite sur une montagne.
Une force a besoin d’être soulevée.
Une force a besoin d’être ensevelie.

A besoin de ne pas comprendre, une force
a besoin d’être dépassée par une hauteur inexpliquée, une force
est faible, une force
n’a plus de joie, une force
n’est plus légère, une force
s’est embourbée, une force.

Culpabilise de ne plus être une grosse force, une force.
Sans la force, est-elle une force, se demande une force ?
« Pas forcément », dit une autre force.

Ne veut plus être un forceur, une force.
« T’es un forceur », disent les autres forces.
« T’es un forceur, tu devras toujours rester
un forceur puisque tu es une force », disent les autres forces.

Mais n’accepte plus ce rôle, une force.
Est fragile, une force.
Veut que le monde constate sa fragilité, une force.
Est vulnérable, une force.
Est une forcounette, une force.
Une petite forcounette, une force.
Une forcounette.

Tu es une force.

 

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E.C. mars 2026

Un poème au Musée Paul-Dini à Villefranche-sur-Saône

Mon poème « À ma fenêtre », extrait de mon recueil Maison. Poésies domestiques (éd. La Boucherie littéraire, 2015), figure depuis mars 2026 parmi les œuvres présentées dans l’exposition « MUSÉOCOULISSES. Un musée, des métiers » au Musée Paul-Dini, à Villefranche-sur-Saône.


Joie immense de découvrir mon poème accroché en miroir de la toile « Porte de Pantin » (1978) du peintre Pierre Charbonnier (1897-1978).

Légende du tableau
Pierre Charbonnier, Porte de Pantin, 1970, huile sur toile, musée Paul-Dini @ photo musée Paul-Dini / D. Michalet


« L’exposition invite à découvrir ce qui se passe chaque jour derrière les portes du musée. À travers les portraits de l’équipe, elle présente les différents métiers et les personnes qui y travaillent. Comment organise-t-on une exposition ? Que fait-on des œuvres qui ne sont pas exposées ? Qui écrit les textes de salle ? Comment sont conçus les parcours de visite ?… Les questions associées au musée sont multiples et variées. À l’appui d’œuvres sélectionnées spécialement par l’équipe, le public est invité à s’immerger dans le quotidien de celles et ceux qui font vivre le musée. Le commissariat de l’exposition est assuré collectivement par toute l’équipe du Musée Paul-Dini. »

Un immense merci à Lise 🙏 d’avoir choisi ce poème et de l’avoir mis en écho avec la toile qu’elle a choisie d’exposer.


>> Musée Paul-Dini, musée municipal de Villefranche-sur-Saône
L’exposition court jusqu’au 20 sept. 2026

 

 

Les montagnes me manquent

[…] Les montagnes me manquent. Je me demande à qui parler de la situation. Le jardin, dans son attitude de jardin, fait des trucs de jardin. À force de marcher, les pas deviennent syllabes. Je prends des notes, pour le devant de quelqu’un qui vivra plus tard. Le jour est assis dans mes bras, et moi, assis dans le jardin, je crée des groupes d’arbres. Je classe ensuite les arbres par désordre. Je ramasse deux, trois cailloux, et m’attache à eux facilement ; ensemble, on va partir en vacances ; ensemble, on va ouvrir un bar. Une fois, j’ai vu le soleil se coucher plus tôt que la veille. Ce que j’ai cru être une planète bougeait trop vite. Une fois, avec un savon, j’ai traversé une épaisse couche de mousse. Une fois, en avion, j’ai traversé une épaisse couche de nuages. L’équivalent de deux chansons. Je compte le temps en chansons. Et si on comptait les vies en nombre de chansons ? Et si on considérait les vies comme des unités du type bout de bois, et pas comme des chemins coupés nets ? Regarde, ce bout de bois est un peu plus court que celui-là, mais c’est quand même un beau bout de bois. J’imagine un igloo au milieu d’une garrigue. J’ai cru, un moment, ouvrir une porte. C’était juste moi qui marchais dans la pièce. J’avançais lentement, 50 cm par 50 cm. C’était comme parcourir une vie lentement. À l’intérieur de moi, c’était explosion, explosion atomique, poussées et tangages, souffles et tourbillons, des matières qui se séparaient pour se reconstituer en des formes autres, des moments à vivre qui me sautaient au visage comme des désirs, des souvenirs à créer. Des gestes allaient se produire, je les voyais, les gestes ; ils étaient en pleine parade nuptiale, les gestes ont leur propre processus d’accouplement. Des paroles allaient être chantées, je le voyais, des paroles pour plus tard, pour quand l’existence aura eu le temps de marquer. Je vis en présence de cette matière future qui servira à d’autres, je vis en permanence avec cette matière future qui servira aux autres, je vis en présence d’autres qui serviront cette matière future, je vis avec d’autres qui feront de cette matière le futur, j’existe en double dans la matière future, je pense que les souvenirs sont des créations futures, mon intuition est l’odeur d’un arbre du futur, je vis dans le futur quand je suis en présence d’un arbre. […]

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E. C. écrit en mars 2026, en résidence d’écriture portée par la Maison de la poésie de Bordeaux et la Villa Valmont (Lormont) en partenariat.

𝐿’𝑎𝑟𝑐ℎ𝑖𝑝𝑒𝑙 𝑑𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑖𝑠𝑜𝑛𝑠 en images

Il y a 4 mois est paru 𝐿’𝑎𝑟𝑐ℎ𝑖𝑝𝑒𝑙 𝑑𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑖𝑠𝑜𝑛𝑠 mon nouveau recueil aux éditions La Boucherie littéraire. Voici quelques images évoquées dans le livre.
Bastia, depuis la cuisine de ma Grand-mère
Pêche aux crabes
L’île d’Orust, Bohuslän
Lyon
Le tunnel, quartier Tynnered à Göteborg
Extrait :
« Tout remonte. Les voyages. Les fermetures.
Les ouvertures. Les lignes
jetées. Les pluies d’étoiles. Les
anniversaires. Les insectes
rampants. Les souvenirs. Les serpents.
La rentrée. Les
nuisibles. Les aimées.
Les tatas. Les tontons. Les cousines. Les cousins. Les
repas. Les baignades. Les
piqûres. Les forêts. Les archipels. Les
plages. Les cascades. Les lacs. La mer.
L’eau sous toutes ses formes.
Les larmes. Les naissances.
Quelque chose se déploie
est en route. Quelque chose se déploie.
Quotidien dans le quotidien. Gestes dans les autres gestes. Quelque chose
se déploie est en route. Paroles dans les autres
paroles. Quelque chose.
Rythme gras du fils qui tousse.
Mes proches dans le torse. Tout
remonte. Un fonctionnement. Tout remonte. »

POÈTE x BATTEUR aux Invites de Villeurbannes

Vidéo et photos du concert POÈTE x BATTEUR d’Emanuel Campo & Éric Pifeteau aux Invites de Villeurbanne le 19 juin 2026.
Filmé par @leo.louvel au caméscope Sony DSC-F717 « 320p »
Montage @luckabidine & @leo.louvel
Le texte « On est entre nous » est extrait du recueil LIGNE DE DÉFENSE publié en 2021 aux Éditions la Boucherie littéraire
Photo : Julien Penichost
Photo : Julien Penichost
Photo : Julien Penichost
Photo : Jean-Luc Raby
Photo : Jean-Luc Raby
Nous tenons à remercier l’équipe des Ateliers Frappaz – Centre national arts de la rue et espace public, et du festival Les Invites pour leur accueil et leur invitation.
Merci au public présent ❤️
Production : Étrange Playground

Déjà vu (poème inédit, 2024)

ta réserve à nostalgie et de piano-violon
les paumes tournées vers le faux plafond
il s’agissait de chanter
nous sommes entrés en collision

j’ai apprécié la playlist et m’en souviens encore
c’était sympa
comme un feu de camp
sans même connaître la destination

toutes et tous exaltées-exaltés
il en fallait pas plus
tellement humain qu’on ne sait plus
à la recherche du moindre atome

j’ai menti
dans sa chambre sous les toits
hanches contagieuses
avec qui on voulait

t’sais quoi ? t’es une chanson
en guise de réconfort
je repense à elle parfois
telle une potion à l’effet immuable

dansante & parfaite
une bouteille à la main
elle suit le sentier du débris
titre par titre

Mon monde n’est pas vrai (2:43) Françoise Hardy
rien n’est à comprendre, je reste
la table bancale de la terrasse
ma nostalgie je la défends

quelqu’un me dévêtit pour la première fois.

 

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E.C. poème inédit, 2024, extrait du recueil Auberge de jeunesse, inédit.

MIST – One Mic Jack

Nouvelle collaboration musicale.
Les amis de One Mic Jack m’ont invité sur leur morceau MIST. Titre sur lequel apparaît aussi Istah. Oui, Printemps 2004 c’est moi.

Suivre One Mic Jack sur Instagram @one_mic_jack

Revue Tantôt n°9

🍁 NOUVELLE PUBLICATION 🍁
Novembre 2025. Cette semaine paraît en librairie au Québec, le tout nouveau numéro de la revue TANTÔT aux éditions L’Oie de Cravan. Elle accueille en ses pages un de mes textes inédits.
Je suis très heureux car c’est une magnifique revue publiée dans une ville de cœur, Montréal. Le lancement de la revue a lieu ce soir à l’occasion des 33 ans des éditions L’Oie de Cravan.
Le numéro est illustré par Beyon Wren Moor (son Insta)
Un grand merci à Jonas Fortier, Shawn Cotton et Hermine Ortega, l’équipe de la revue TANTÔT.
Retrouver les numéros de la revue sur le site des éditions > ici.

Desexister de Sarah Masson

J’ai l’honneur de préfacer le premier recueil de poésie de Sarah Masson. C’est sorti en septembre chez les éditions du Carnet du dessert de lune et disponible dans toutes les librairies. Belle vie à ce livre et au projet scénique qui se prépare à partir du texte.

culture

Bienvenue à la revue Gotham. N°1, 2025

Franck Lao, Lettre à mes enfants, revue Gotham

 

 

 

Réédition vinyle de O.S.T. de People Under The Stairs.

Probablement l’album que j’ai le plus écouté durant l’été 2002.
Groupe de cœur. Album de cœur. Un de mes essentiels.

 

Belle réédition de cet EP de De La Soul. EP contenant le titre « Sh.Fe.Mc’s » feat. A Tribe Called Quest

Drink Champs feat. Alchemist et Erykah Badu, TOP 5 podcast.

NOIR – Zacke 🎤🎤🎤🎤🎤

Je m’intéresse au hip hop suédois depuis le début des années 2000. L’année dernière j’ai découvert l’album NOIR de Zacke, qui vient d’une ville du nord de la Suède, Umeå. Alors j’ai profité de mon passage à Göteborg cet été pour retourner dans mon magasin de disques préféré – Bengans – et me le prendre. NOIR est un album dont j’ai pas encore déchiffré toutes les paroles mais j’entends déjà que c’est un bijou musical. Nostalgique et mélodique. Un orteil pop. En circuit court. Du rap connecté au terrain, cultures et artistes du Norrbotten (la région la plus au nord). Un disque qui à sa façon lutte contre l’exotisation du Grand Nord et des réalités de celles et ceux qui y habitent. Un album avec aussi plein de samples et références à des morceaux classiques, et c’est ça qu’on aime. Dans « Håll i er » on reconnaît les notes rejouées du sample de Fu-Gee-La des Fugees (qui est une version de Ramsey Lewis du titre « If Loving You Is Wrong, I Don’t Want to Be Right »). Les chœurs du magnifique « Tripoli » chantent la mélodie de « Pavane » du compositeur Gabriel Fauré (19e) qu’avait déjà samplé Xzibit dans son premier hit underground « Paparazzi » (1996). Et c’est la voix du tout jeune Kerry James qui fait le refrain de « Malariaviken » – un sample de ‘La vie est brutale », premier EP d’Ideal J (Idéal Jeunesse, 1992). Dans « Malariaviken » il y a aussi un très beau couplet de la chanteuse Annika Norlin. C’est en voyant sa participation que je me suis intéressé à cet album. J’écoute la musique d’Annika Norlin depuis 2008 avec son premier album sous le nom de Hello Saferide – une perle indie folk pop (Annika Norlin est aussi autrice ; son roman La Colonie vient de paraître en français aux éditions La Peuplade). L’avant-dernier titre, « Nathalie », est une sorte de posse cut, avec la participation de plusieurs artistes dont des poètes et poétesses spoken word. -> @zackemusik

août 2025

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TENIR ! Vendredi 6 juin 2025

Vendredi 6 juin | 19h00
TENIR !
Si les indés du livre pouvaient se donner la main

La mainmise croissante de quelques milliardaires d’extrême-droite sur les secteurs du livre et des médias en France mettent en difficulté beaucoup de choses qu’on aime.

La littérature, la démocratie, la paix : autant de choses qui n’existent que tant qu’on les pratique. Et qu’on les défend.
Dans ce contexte, comment faire exister un réseau de création libre, indépendante et humaniste ?

Poètes, libraires, éditeur-ices, lecteur-ices, on débarque le 6 juin, le temps d’une soirée, pour échanger sur la situation actuelle, croiser les réseaux et les initiatives, fédérer les énergies, lutter contre le découragement. Une lutte, en somme, qui sera aussi une fête.

Le 6 juin donc, on lira de la poésie, on boira des coups et on inventera ce que pourra, demain, être un réseau de pros du livre indépendant, humaniste et antifasciste.
Inspirée du mouvement de boycott Désarmer Bolloré, cette soirée sera également l’occasion de proposer des livres issus de circuits indépendants, et de participer au lancement de l’ouvrage collectif « Débordons Bolloré ».

REPAS DE FAMILLE 19 JUIN 2025

REPAS DE FAMILLE
une performance littéraire d’Emanuel Campo & Grégoire Damon

JEUDI 19 JUIN 2025
librairie La Voie aux chapitres
4 Rue Saint-Jérôme, 69007 Lyon

 

 

En février, j’ai été sollicité par la délégation de l’information du Ministère de la Culture pour répondre à quelques questions sur la poésie et ses publics dans le cadre d’une invitation au Printemps des poètes. Cet article, en ligne sur le blog du Ministère, met aussi en lumière d’autres initiatives et parcours. 

J’ai envie de préciser certains points que j’ai pu aborder, et d’autres qui n’ont pas pu être retenus.

D’abord, un constat partagé : la scène poétique actuelle est prête pour plus de présence dans les programmations, au-delà des festivals littéraires. Les lectures musicales et autres performances scéniques créées par bon nombre de poètes et poétesses depuis des années vont trouver une place de plus en plus régulière dans les salles de spectacle et les salles de concert. 

C’est mon souhait, et celui partagé par celles et ceux (poètes, poétesses, artistes, responsables de festivals…) qui travaillent en ce sens : structurer un véritable réseau de production et de diffusion de ces formes hybrides, celles créées et portées par les poètes et poétesses à partir de leurs textes édités ou non.

On m’a aussi interrogé sur la fréquentation des événements de poésie. J’ai alors rappelé que la médiation culturelle doit être considérée en même temps que la programmation et du choix des lieux des événements, et non pas servir de simple soutien aux actions de communication. Développer une pensée et une vision ainsi qu’une politique de médiation culturelle sont les facteurs de réussite pour qu’un événement de poésie rencontre un public plus large. Elle peut aussi être un vecteur de création et de transmission, à condition d’avoir les moyens… Un sujet qui actuellement mérite toute notre vigilance.

extraits d’un entretien à propos des lectures musicales et de médiation que j’ai donné à Guillaume Richez pour le blog Les Imposteurs en avril 2022. Lire l’article en entier ici.

La lecture musicale est une proposition artistique en soi. C’est juste autre chose. L’auteur d’un texte propose son écriture. Lorsqu’il lit ou déclame son texte, il rajoute une nouvelle écriture, celle de l’interprétation ; puis s’ajoute celle de la mise en scène, puis celle de la musique… Le texte n’est plus l’unique élément, c’est tout. C’est agréable de danser et de remuer la tête. On a aussi un corps. Un festival n’est pas là pour reproduire le coin lecture de notre bibliothèque ou nous faire revivre nos sensations de lectures silencieuses le soir avant d’aller dormir.

Voir dans les programmations actuelles davantage de lectures musicales aujourd’hui, c’est l’évolution naturelle de nos pratiques culturelles et artistiques. La pluridisciplinarité est une norme. C’est la réalité même des arts vivants contemporains. Aujourd’hui, il y a mille manières de recevoir des œuvres, d’en fabriquer, de pratiquer des disciplines, de proposer de l’art. Ajoutons à cela que la société numérique rend tout cela visible à l’excès, ce qui crée sans doute un « effet de mode ». Y a des gens qui viennent à l’écriture par le biais de la musique, d’autres de la scène, d’autres de la rue, d’autres par les arts numériques… La poésie c’est pas une politique d’assimilation, donc chacun propose une forme qui découle de son parcours artistique.

Aujourd’hui, quand t’es programmateur, t’es forcément habité par toute cette contemporanéité, par toutes ces différentes formes d’art qui animent notre quotidien, alors c’est normal de proposer des formes différentes pour nourrir son festival. Et ce n’est pas céder à la facilité que de s’intéresser à la musique. Je trouve ça au contraire plus facile de se conforter dans des formes habituelles maintes et maintes fois éprouvées dans le temps.

Je pense que c’est malin de multiplier les formes et propositions car cela crée une diversité, et donc de la pensée, et donc favorise la présence de divers publics. Plus il y aura de lectures musicales, plus il en découlera une exigence. D’autres projets et vocations scéniques naîtront. Car le but, quand on propose une forme publique (une lecture, un spectacle…), c’est de ne pas oublier le public. On n’organise pas un événement pour les artistes, on l’organise pour la population, pour passer un moment convivial et exigeant. En assistant à une lecture musicale, je ne cherche pas forcément à y trouver LA poésie, ou à revivre mes impressions de lecteur. C’est du spectacle vivant. Je sors de chez moi, je me déplace pour passer un moment divertissant et rencontrer du monde, et me faire bousculer par des artistes dont j’achète des livres pour — parfois — rencontrer la poésie, seul, plus tard, tranquillement chez moi.

[…]

Echanger avec des personnes averties va te faire progresser sur tel ou tel aspect. Je suis forcément tiré vers le haut par des personnes plus initiées ou pointues que moi. Mais en vrai, le plus important, c’est la vie. On n’est heureusement pas entourés sept jours sur sept par les abonnés à la poésie. Les retours les plus importants sont de celles et de ceux qui te disent qu’ils ont tiré quelque chose de ta lecture alors qu’ils ne s’attendaient pas à ce qu’ils ont entendu. Ça veut dire que t’as bien bossé. Il faut lire pour tout le monde, pas seulement pour les trois personnes qui auront compris ton name-dropping. Le sujet c’est comment créer un événement ou écrire sans dominer l’autre, sans être intimidant.

Si de nouveaux spectateurs non-acquis à la cause sont au rendez-vous, c’est plus une victoire pour l’organisateur que pour moi. En tant qu’auteur, je ne travaille pas pour être accessible et pour plaire. Je travaille pour être précis et montrer ce qui me plaît.

Les festivals et les structures de poésie sont des médiateurs. C’est à eux de permettre l’accès. Ce n’est pas à la poésie d’être accessible ou aux auteurs d’écrire de la poésie accessible. J’entends régulièrement la notion de « poésie accessible ». Je trouve que ce terme efface les notions d’esthétique et de choix artistiques. Une poésie ne doit pas être plus valorisée qu’une autre par sa capacité à rassembler ou à être accessible. Elle doit être décrite en fonction de ce qu’on voit des choix artistiques pensés par l’auteur. L’accessibilité est plus une question culturelle et sociologique qu’une question artistique. Si on se limite à programmer ou à chroniquer majoritairement de la poésie maladroitement qualifiée « d’accessible », on ne se limite à parler qu’à un cercle de personnes ayant les mêmes références culturelles ; on risque de marginaliser des écritures plus complexes ou différentes, celles-là-même qui participent à nourrir en amont le reste des écritures d’aujourd’hui. Alors oui pour lire devant tous les publics, mais pas en défaveur de formes artistiques plus déroutantes, aventureuses ou exigeantes. Tout peut cohabiter si on a les moyens et les compétences en médiation.

À titre personnel, j‘aimerais qu’on arrive à ce que le secteur de la poésie se structure et s’institutionnalise davantage pour penser plus loin ces questions. J’entends par là qu’il devienne plus professionnel et doté de moyens de production, de diffusion et de développement, afin de penser le développement des publics et la médiation. Il ne suffit pas d’avoir de bonnes propositions artistiques pour qu’artistes et publics se rencontrent. Actuellement, on a le principal : puisqu’on ne fait pas carrière en poésie, on est entre passionnés. On apprend sur le tas, on fait comme on peut, on cumule les casquettes, on monte nos associations. Mais le manque de moyens et la non professionnalisation font qu’il nous manque certaines compétences et métiers. Auteurs, éditeurs, libraires, festivals, maisons de la poésie, agences du livre… il existe entre tout ça pléthore de métiers qui comptent dans le développement médiatique d’une discipline. Je pense à la façon de concevoir et de penser l’action culturelle et la communication. Aujourd’hui, on souffre d’une réalité structurelle qui fait que ces missions sont tenues par des mi-temps ou des personnes qui cumulent plusieurs postes, ou par des jeunes en début de carrière qui manquent parfois d’expérience sur ces questions. Une pensée d’action culturelle exigeante existe, des professionnels peuvent être formés à ces questions comme dans le milieu du théâtre, mais on manque de moyens : ce n’est pas la ligne budgétaire qu’on flèche en premier car il y a d’autres priorités pour qu’une structure fonctionne un minimum.

Une lecture en public, une rencontre avec un auteur, un atelier de création ou un atelier d’expression, un festival n’ont pas les mêmes fonctions et ne découlent pas des mêmes problématiques. Ça se pense, autant avec les artistes qu’avec les personnes compétentes. On ne peut pas impunément envoyer les artistes au charbon dans l’espoir de sauver la culture et d’intéresser davantage les gens à la poésie.

La Perle du cratère

C’était le 29 mars 2025
Soirée La Perle du cratère
dans le cadre du Printemps des Poètes
à la Perle, ferme de poésie pulsée
https://la-perle.org/
Les photos sont de Hope Curran Lundblad 

Guide Poétique des Grésilles (Dijon, 2024)

Je suis très heureux de partager ce projet phare de 2024. Voici une invitation à contempler autrement nos espaces urbains car nous entretenons des liens affectifs et sensibles avec les lieux que l’on traverse. L’association dijonnaise De Bas Etages, nous a invité, Marion Chobert et moi, à mener cette année une résidence dans le quartier des Grésilles à Dijon pour y rencontrer des habitantes et habitants dans le but de réaliser un livre. Ensemble, avec la complicité de la graphiste et illustratrice Elsa Moreau, nous avons conçu un guide poétique du quartier, coécrit avec celles et ceux qui y habitent. Ce guide propose une balade dans le quartier. À chaque étape, le livre invite le lecteur-promeneur à contempler, à lire, à écrire…. Certains textes ont été écrits dans les lieux-mêmes auxquels ils se rapportent. Une cinquantaine d’habitantes et d’habitants du quartier des Grésilles à Dijon ont contribué à ce projet. Le guide sera prochainement entre les mains de ses autrices et auteurs, puis diffusé gratuitement auprès des lieux partenaires aux Grésilles.
Un grand merci à Elsa Moreau et Aurélie Cognard à la production chez De Bas Étages, et à ma complice Marion Chobert.
UN PROJET DE L’ASSOCIATION DE BAS ÉTAGES
EN PARTENARIAT AVEC LA COMPAGNIE LA MULTIPLE
DIRECTION ARTISTIQUE ET ÉDITORIALE DE EMANUEL CAMPO ET MARION CHOBERT
CRÉATION GRAPHIQUE ET ILLUSTRATIONS PAR ELSA MOREAU
CARTOGRAPHIE SENSIBLE ET COORDINATION DU PROJET MENÉE PAR AURÉLIE COGNARD, ELSA MOREAU ET MAXIME DELOMPRÉ