Couverture d’ouvrage : L'archipel des maisons
Éditions :Livre 11 x 17 cm : 14,00 €
ISBN : 9791096861705

Il est question du rythme des gens, de familles éloignées, de paysages scandinaves, des personnes qui nous précédent et qui nous constituent, de celles après nous. Dans une maison, il y a tant d'autres maisons. Un recueil de pièces, celles intérieures, celles de son foyer.

+ + + Sur le site des éditions la Boucherie littéraire

Parution :
Maison d’édition : Éditions La Boucherie littéraire
Genres :
Extrait :

écran vue satellite

la carte-Terre s’ouvre

sous mes doigts tous les soirs

mon index cible et zoome

sur les lieux de l’enfance

balaie sur les chemins

flâne de tous côtés

selon l’humeur sans fil

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des gens sont aux fenêtres

me voit-on marcher là

courir après un autre

chercher l’autre présence

ma famille éloignée

 

Les villes sont impossibles et quand même. Les villes habitent les espaces et les êtres et les destins. Pas croyable, je fonds devant elles et jalouse chaque personne au visage flouté qui habite à plus de 2 000 kilomètres de chez moi. Je veux entrer en chacune d’elles, et me prendre pour elles, à mon tour être visité ; qu'Edinburgh est belle sur cette photo ; et Ystad et Vancouver et combien habitent à Nuusuaq ? Pourrais-je revoir un ami en zoomant fort sur Pacifique ?

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REVUE DE PRESSE

 

Le Petit Bulletin, mars 2026, par Laure Solé. Article en ligne ici.

 

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LIBRAIRIE L'ESPERLUETTE (Lyon 5), par Xavier Robert, librairie. Article en ligne ici.

 

L'archipel des maisons d’Emanuel Campo

«On force au quotidien le regard et l’oreille vers la moindre miette d’origine contenue dans l’espace »

Ce nouveau recueil d’Emanuel Campo se présente comme un second volet, un prolongement de Maison. Poésies domestiques, publié en 2015, toujours auprès du même éditeur, La Boucherie Littéraire. On retrouve cet même motif de la maison mais qui se décline cette fois-ci au pluriel (« certaines maisons restent en bouche ») le tout bien enchâssé dans la continuité du temps (« Il faut le temps. Devant on a tout à faire, derrière on n’a pas assez fait. On se tient debout, au milieu, une pelle à la main »).

Si les fondations sont là, c’est comme s’il fallait ici retravailler les contours, « réagencer le bazar régulièrement », retravailler la granularité des murs-porteurs, travailler les finitions, actualiser son ancrage et son voisinage, repenser les rapports entre l’hic et nunc et le avant-là-bas, envisager « la question-poutre des futurs maisons ». Onze ans séparent les deux recueils, et cela constitue peut-être l’espace-temps d’une nostalgie plus assumée (« c’est le dernier jour des arbres nous escortent jusqu’à l’aéroport » ; « contempler ce qui défile »), ce petit je-ne-sais-quoi qui  « laisse entrevoir le pays d’où l’on vient » (la poésie d’Emanuel Campo travaille cette douce intranquillité), celle des premières années passées en Suède, le fil ténu qui relie l’auteur à la langue suédoise, à sa famille éloignée, à sa prime-enfance, à la maison-origine. Comme une « montée des eaux-mémoire ». Ainsi la maison ne serait plus ce lieu unique mais un archipel de lieux, de temps, de voix. Tout à la fois maison qu’on quitte, qu’on retrouve, celle où l’on vit, travaille, celle où l’on rêve, celle qui peut se transmettre. Une maison prise dans un monde qui la dépasse. A l’aulne de ses « brèches adultes », l’auteur sonde ses souvenirs qui remontent sous la forme de poupées gigognes. Advient ainsi une image plus éclatée car plus exposée à la fragmentation mémorielle.

La poésie d’Emanuel Campo est aussi une poésie visuelle qui s’amuse avec la mise en forme du texte, jeu typographique autour du mot maison, fragmentation du mot. La page, les espacements, et plus loin dans le recueil, les encadrés sont utilisés comme des espaces de composition et spatialisation de l’écriture. Le R et le U comme lettres toboggans. Une langue qui se dédouble quand ça insiste, « ancêtre-ancêtre », « fantôme-fantôme ». Cette mise en forme si importante «(« les tournures ont des incidences ») et l’écriture, parfois enzymatique, qui joue les contractions,

« les gens allument des lumières aux fenêtres

les gens s’allument aux fenêtres

les gens des fenêtres

les gens fenêtres

le g fnêtre

fnêtre

n’être »

On déambule avec lui, dans les rues de Göteborg, « dans les ruelles les plus lointaines de [ses] souvenirs d’enfance », dans les chorégraphies du petit matin pour aller à l’école avant qu’elle ne soit fermée (« le pays-paysage. Le pays de la première école »), un peu comme on avait pu le faire à Stockholm avec Daniel Gustafsson en quête d’une paire de gants dans Père éperdu (éditions Rivages). Le lecteur-auditeur est invité à tendre l’oreille sur la paroi des « tunnels de son enfance » : « je m’oblige à l’endroit où je creuse ».

L’archipel des maisons peut se lire et/ou s’écouter (on ne dira jamais assez combien Emanuel Campo est un performer de talent – « lire sur scène, lire sur scène, lire sur scène » comme un mantra –  et l’on ne saurait que vous inviter à venir l’écouter le 21 mars pour le Printemps des Poètes au Cercle Saint-Irénée) comme une tentative de rassembler des « bouts de l’enfance » éparpillés, comme faire communiquer des pièces de maison qui ne communiqueraient plus entre elles. Cet archipel de souvenirs, ce « quelque chose [qui] se déploie » de page en page est peut-être une manière franco-suédoise tout singulière de définir les endroits (là là là là et là) où procèdent les tressaillements de l’âme.

«Il y a dans nos ailleurs des bouts de nos ici »

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LE PROGRÈS, 31 mars 2026

 

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LA REVUE DU FEU, par Fabien Thévenot, éditeur et auteur, mai 2026. Article en ligne ici.

 

"Tendresse". Un poème dEmanuel Campo présenté par Fabien Thévenot

C'est toujours dur d'élucider le pourquoi on aime un poète. On peut toujours se retrancher sur des histoires de style, de champ lexical, de personnalité. Tous ces éléments pèsent, bien sûr. Mais au final c'est souvent l'impression générale que vous laissent des poèmes ou un recueil qui l'emporte.

Je n'ai jamais eu tellement envie de résoudre cette question par l'analyse formelle. Souvent forcé de la chevaucher en tant qu'éditeur, je préfère, en lecteur, approcher un recueil comme on savoure une infusion : la composition du sachet m'intéresse moins que la profusion de goûts qu'il dépose sur mon palais.

Tout ça pour vous dire que j'essaie fermement d'ignorer pourquoi je n'ai jamais raté un seul recueil d'Emanuel Campo, depuis la sortie de Maison. Poésies domestiques paru à la Boucherie Littéraire il y a maintenant dix ans.

Le tout dernier s'appelle L'archipel des maisons et boucle la boucle. Toujours chez le même éditeur [un indice quand même : je ne suis pas insensible à la fidélité].

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LA LIBRAIRIE LA VOIX AUX CHAPITRES, par Sylvain Fourel, libraire, mars 2026. Article en ligne ici.

L’archipel des maisons n’est en rien une suite à son premier recueil, mais on retrouve tout ce qu’Emanuel sait dire le mieux. Notre destin d’humain au quotidien. Le temps qui passe et la vie qui avance, les êtres que l’on perd, ceux qu’on rencontre ou que l’on crée. Les lieux que l’on côtoie où qu’on abandonne avec un appétit de nouveaux horizons, d’explorations ou d’idéal. Il distord les mots et le monde si bien qu’on en saisit un sens inédit, sens de l’humour ou sens de la vie. L’archipel des maisons est un petit livre qu’il faut savoir glisser dans son sac, pour avoir toutes ses maisons sur soi et partir bivouaquer ailleurs en emportant un morceau de soleil qui vous colle le sourire aux lèvres.